Départ vers Santiago de Cuba

C’est l’aube, notre touk-touk a pédalé comme un forcené, nous déposant à la gare in extremis, en sueur, mais à l’heure. On se précipite à notre bus… notre horaire n’est pas bon… Il nous reste donc quelques heures à tuer. Nous allons visiter les alentours de la gare qui sont, somme toute, assez différents du centre de Camaguey. Petites maisons, grande barre impersonnelle, entrepôt d’état interdit de photographier, camion au repos. Élodie a acheté des biscuits sablés, des galettes de cacahuètes et de sucre de canne et moi une crème de léché. C’est bon, et on a faim. Je discute avec le chef de gare de bus: pourquoi ne pouvons-nous prendre le bus avec les autres cubains? Il rit puis redevient sérieux. La réponse est sans appel, lapidaire : vous avez davantage d’argent, donc vous devez payer plus.
La vie est divisé en deux systèmes parallèles. Complet et institutionnalisé. Limitation des échanges entre les cubains et les autres? Je ne crois pas. S’agit-il de récupérer tous les deniers possible ? Si c’est le cas, la question est : où vont-ils? Comment fonctionne cet état? Qu’est ce qui est du privé et qu’est-ce que récupère l’état ? Oû va tout l’argent du tourisme ? Seulement pour faire fonctionner l’état? Quid des infrastructures? de la nourriture?… Même pour les cubains, cette dernière est très chère comme les produits de première nécessité. Besoin de revoir mes bases en économies, en fonctionnement de régime totalitaire et communiste.
Nous voici à bord du bus. Le paysage est beau, verdoyant à souhait, relativement plat. Beaucoup de champs essaimés de vaches entre Camaguey et Las Tunas, aucun élevage intensif à première vue. La route est longue, propice à une ‘tite sieste. Il semble aussi y avoir des buffles d’eau comme en Thaïlande ou du moins ils leur ressemblent à s’y méprendre. Il y a un côté ranch dans cette région, les corrals s’enchaînent, beaucoup d’hommes à cheval, selles américaines, chaps, chapeaux de cowboy, éperons et santiags.
Les routes s’enfilent, toujours sans publicité, mais toujours aussi ponctuée de slogans:
Sans la culture, pas de liberté possible – Comment écrire l’histoire de la révolution çubaine sans écrire l’histoire de gran ma –  L’unique compromis de la révolution, c’est avec le peuple – L’embargo est un crime – La bataille économique, notre tâche principale. S’approcher de Santiago, c’est la route qui s’incurve, les pentes qui s’encotent, les montagnes se dessinent, c’est Fidel et Raul qui prennent le pas sur le Che.

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Nous sommes les dernières à descendre du bus, tactique visant à laisser la cohue et les rabatteurs nous oublier au profit des premiers. Peine perdue! la finte est connue quelque se fait passer pour taxi est finalement juste une sorte d’entremetteur nous paierons donc notre course au moins 2 cuc de plus. Le taxi ne sait pas qui il a embarqué: Elodie exprime sa colère et son ras la couette des entourloupettes. Il est penaud et ne sait plus trop où se mettre. On espère juste qu’il s’en souviendra. Nous arrivons à deux pas du centre ville dans une superbe petite casa, tenue par Gloria (vous la trouverez aussi sur airbnb Sra Gloria). Une hôte formidable. Femme seule, veuve, ses enfants sont aux Etats-Unis sans possibilité de revenir avant un bon bout, elle gère sa casa en toute sérénité et honnêteté. La maison est doté d’un patio, la chambre et la salle de bain sont nickels, le quartier est tranquille et pourtant à quelques minutes de marche de la place centrale et de toutes les casa de la musica. Nous posons nos sacs et la colère, soupons puis repartons explorer Santiago.

Dernier jour sur Camaguey

Bien entendu, après cette virée nocture, on émerge tranquillement vers 11h00 et on se décide à aller voir le musée provincial d’Ignacio Agromonte. Ce musée est un omnimusée: on y trouve une aile sciences naturelles et un étage dédié aux beaux arts allant du milieu du siècle précédent à des artistes contemporains . Voici quelques noms des artistes que l’on peut y retrouver: Roberto Fabelo ; Agustin Guadalupe Bejanaro CaballeroEduardo AbelaLeopoldo Romanach Guillen. En dehors des toiles, quelques pièces de vies sont recrées, intactes. Tout y est : dentelles, vaisselles et meubles, trace d’une vie bourgeoisie de la fin du XIXe siècle.
En sortant, nous nous retrouvons nez à nez dans le couloir central du musée avec une opération de conservation. Ils chassent les hirondelles. Les oiseaux s’enfilent en rase motte dans le couloir, décrivant de courtes boucles, des piqués effrénés. Un employé, juché sur son échelle, attrape les nids et les confie à son acolyte qui les posent au sol et et isole les oisillons dans une boite en carton, sous la supervision du conservateur. Certains oisillons sont si petits, que leurs yeux sont recouverts de leurs paupières encore closes et les plumes engoncées dans leur gaine claire. Je m’accroupie, attendrie.  Je m’inquiète de leur avenir. Les employés sourient et me répondent qu’ils vont les nourrir et les donner à qui de droit pour s’en occuper… Bref, ils rassurent la touriste, mais je crains que ce soit le cadet de leur soucis. Certains sont tellement petits que je ne crois pas qu’ils puissent vivre très longtemps hors des plumes parentales. Inquiétude toute occidentale… Je me rassure en me disant que la mode est aux pigeonniers et autres volières sur les toits, alors peut être que…
Quelques courses en ville: ravitaillement en eau et de nos estomacs avec une excellente pizza aux oignons et fromages et une petite glace, connexion avec le monde extérieur, contact de la prochaine casa à Santiago. Nous revenons à la maison, Elodie discute avec notre hôte tandis que je joue à la pâte à modeler avec Carlos, son aîné (de 3 ans ?). Nous préparons notre départ, horaire de bus, rdv avec touk touk pour nous amener à la gare routière, bouclage des sacs. Demain, nous décollons à l’aube!

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Camaguey – coups de cœur

Camaguey est un vrai de coup de cœur, bien moins touristique que Trinidad. Elle est variée, simple, moins apprêtée. Des rues commerçantes, résidentielles, un centre historique, des quartiers perceptibles, des ambiances distinctes qui se jouxtent: une vraie ville! Nous avons marché dans Camaguey à s’en user la plante des pieds et j’ai l’impression que nous avons parlé à la moitié de la ville. Les gens sont cordiaux et acceptent volontiers les photos. Aucune sollicitation ou presque, même s’il est évident que nous sommes des touristes, personne ne nous aborde pour notre beau sourire, on se sent comme à la maison. Le nombre des photos en témoigne!

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Voici un résumé de nos déambulations (parce que sinon je pourrais vous faire un billet pour chaque activité). Nous avons marché (la ville en long, en large et en travers), mangé (hamburgers, coco fraîches, glaces), parlé (à une bonne douzaine de personnes?), mitraillé (des centaines de photos), magasiné (cds de musique, programmation culturelle et cinématographique), visité (des ateliers et des galeries d’artistes, un bâtiment superbe et une école abandonnés), puis nous nous sommes connectées (il faut bien donner des nouvelles quand même), hydratées (dans un bar incroyable à la déco époustouflante, pas un seul cm2 qui n’est pas colorié ou dessiné), rentrées chez un vieux couple de témoin de Jéhovah rayonnant (soudainement, un morceau de mon passé m’a été bien utile) doté d’une télé russe des années cinquante. Épuisées et enchantées de notre journée, nous somme revenues souper à la casa et se poser avant… de repartir pour la casa de la trova (maison de la musique locale).
Là encore, le mojito ne coûte rien (encore moins cher qu’à Cienfuegos et ne parlons plus de Trinidad), la musique est live et nous sommes invitées à danser! C’est bien agréable… Jusqu’à ce que deux jeunes hommes (coqs?) se mettent en tête de nous chasser. La traque est intense, le gibier doit être exceptionnel et le trophée de taille… Au bout de 5 min, les plus grosses cartouches sont sorties: nous sommes les élues de leur cœur, les femmes de leur vie. Nous faisons face à des amoureux transis aux émois sirupeux! Je n’ai jamais fait un tel effet. Je ris et me moque d’eux (gentiment). Les chasseurs sont tenaces mais novices, armés de leur fringante vingtaine, ils gardent leur panache. Je leur explique deux, trois trucs pour améliorer leur tactique. Première fois que je me sens vieille et docte en riant autant, je les trouve attendrissants. Je me fais draguer par un môme plus jeune que mes frères. Ils veulent nous emmener au bout de la nuit moyennant de régaler les tournées. La réalité nous rattrape vite. Nous hésitons.
En sortant de la casa, nous voyons passer une banda en répétition (fanfare de quartier). Au beau milieu de la nuit. Les cuivres et les percussions ouvrent la marche, les jeunes et gens du quartier la ferment. L’allure est vive, la foule danse, joyeuse et réactive. Nous sommes ravies: nous plongeons dans le rythme et remontons vers les musiciens. Rapidement nos accompagnateurs s’agitent, ils n’ont pas envie de rester, veulent aller en boîte. Nous résistons et insistons. Ils marchent aux aguets. Ils nous surveillent comme l’huile sur le feu. Percevant la tension, nous restons en contact visuel. Selon eux : c’est le moment propice pour des de rixes, des règlements de compte dissimulés par la foule. Absence de preuves, de témoins, d’indices. Justement, quelques uns se mettent à courir en sens inverse. Sans que nous ayons eu le temps de comprendre, un homme en frappe un autre, le surprenant de dos, l’attrapant au col, il cogne. Cris et mouvement de foule, elle s’éparpille. Des hommes interviennent, des batailleurs s’ajoutent. Nos protecteurs nous attrapent lestement. Nous courrons en direction opposée dans les rues vides, loin de la musique.
Après réflexion, nous décidons de nous changer les idées et d’aller explorer la vie nocturne « camaguyenne » hors casa de la musica. Nous payons la tournée, et nous installons en terrasse devant la boite de nuit, en tentant de discuter et d’échanger. Mais nos fringants chasseurs sont en pleine course : lequel des deux va emballer son trophée… C’est assez fatiguant. Nous voulons calmer le jeu et nos visions du reste de la soirée sont différentes. Élodie veut se tenter la boite, moi non. Je préfère rentrer tranquillement à pied, mon chasseur me propose de me raccompagner par le chemin des écoliers. Ça me va, j’ai mes repères dans la ville, je suis capable de rentrer. On se met d’accord avec Élodie: on se retrouve à la casa.  Il m’embarque sur le porte bagage d’un vélo à ramener. La dernière fois que j’y posé la fesse, je devais avoir 15 ans! Malheureusement, le gras pris ne rend pas le site plus confortable. Nous pouvons de nouveau discuter, même s’il continue de ponctuer ses phrases de noms mielleux et étouffants. Il me montre où des crimes ont été commis, dépose le vélo, puis me montre où il travaille, finalement retour à la boite de nuit. Elle est fermée, Élodie a dû rentrer. Il est 4h00 du matin, la fatigue se fait sentir et la déception aussi. Il me raccompagne sur la place centrale… Je lui dis au revoir. Il s’allonge sur un banc et s’endort. Je rentre à la maison à pied, l’aube pointe son nez. La ville est tranquille. Pas très discrète, je me faufile sous les draps, Élodie se réveille.
On se raconte nos fins de soirées respectives. Elle a fait la fermeture de la boite, repayé quelques coups, a bien dansé, mais a trouvé l’ambiance plutôt sordide. Les touristes présents régalent des tournées à qui mieux mieux. Elle s’est fait raccompagner. Soirée assez intense en expérience et sensations! Petite grasse matinée, avant une journée tranquille : visite culturelle, préparation de la suite du voyage vers Santiago.

Hésitation sur la suite du voyage

Départ le lendemain matin pour Santa Clara. Pour je ne sais plus quelle raison, nous ratons le bus! Nous voici donc en train de négocier (enfin surtout Elodie) pour prendre la maquina (ou louage en Afrique du nord ou de l’ouest). C’est à dire une bonne vieille voiture qui prend plusieurs passagers pour la même direction. Dès que la voiture est pleine, on part. C’est le bonheur! La route est agréable et la voiture confortable, cela change de bus et c’est plus rapide. Objectif : faire un simple arrêt à Santa Clara pour visiter le mausolée du Che. Ensuite chacune prendra le bus pour deux directions distinctes: Élodie file sur Camaguey et moi vers la baie des Cochons pour faire de la plongée.
C’est la première fois que je visite un mausolée. Malgré ses allures de musée, c’est un véritable hymne d’amour au Che. Le moindre des objets lui ayant appartenu est exposé, ses lettres, ses notes, ses photos le tout expliqué et documenté. L’homme avait belle allure, un charme fou, il est ici absous de toute critique. Une véritable hagiographie! Après la visite et consultation de la météo (pluies et vent prévus sur la Baie des cochons), je change d’avis et de direction.
Après avoir mangé une succulente pizza au fromage (plat typique des ‘tites échoppes de rues), nous grimpons dans le bus. 5h de papotage de nos vies, entrecoupé de siestes, de photos, de contemplation. Je suis absolument ravie de mon choix. Élodie est mon double : même façon, intérêts, budget, rythme et plaisir de voyager. Puis, nous nous découvrons des expériences distinctes mais des conclusions identiques, des envies de lenteur et de rencontrer les gens communes. Grâce à Élodie et à son bilinguisme, je retrouve ma façon de voyager et de me noyer dans la foule.
À Camaguey, nous sommes accueillies par des trombes d’eau. Nous partons à la chasse à la cabine: il nous faut appeler notre hôte pour obtenir son adresse, elle nous attend, depuis notre départ de Cienfuegos. Enfin, la pluie se calme un peu. On s’extraie de la gare, nous extirpant des appels pressant des taxis et des rabatteurs. Évitant les flaques d’eau, nous atterrissons dans un bixitaxi (touktouk cubain). Les rues se sont transformées en pataugeoire. Nos sacs à l’abri sur les genoux, nous découvrons des rues étroites, sinueuses, différentes de ce que nous avons vu jusqu’à maintenant. Après quelques errements et détours, nous arrivons à bon port. Notre hôte nous accueille, avec un bébé de 2 mois dans les bras.

Nous posons les valises dans une sorte de petit studio à l’étage avec salon, doté d’une tv, chambre poussiéreuse et salle de bain. Le tout n’est pas totalement terminé. Malgré la fatigue, on repart manger au paladar conseillé par notre logeuse. Un paladar est un restaurant tenu par une famille dans sa propre maison, où l’on mange vraiment cubain.  Rebelotte, bixitaxi nous revoilà. Celui-ci joue le chauffeur, il nous assure l’aller et le retour. Sous une tonnelle, on se régale d’un magnifique effiloché de mouton. Entre le resto et le service de taxi, nous avons l’impression de vivre le grand luxe. Vu le prix demandé par notre bixitaxi, ce n’est plus une impression… J’en descends en me promettant de demander au prochain bixitaxi de pédaler à sa place. On se couche repues, épuisées de notre journée. Les draps grattent, piquent…

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Demain grasse matinée et découverte de Camarguey!

La rencontre des vrais cubains et de mon alter ego du voyage !

Le lendemain, je me trouve au point de rdv. Ô exploit, je suis à l’heure. Pas Élodie! Le mode catastrophe s’enclenche. Elle a dû être enlevée la veille par un cubain en perdition? C’est drôle comme cette inquiétude-là n’est même pas en option lorsque je suis seule, mais se réenclenche à la présence d’autres. J’apprendrais au fil de ce voyage que le mode panique n’a pas lieu d’être à Cuba. La surveillance policière, du parti, du voisinage est telle, que le touriste est en tout temps protégé et ne risque pas grand chose. Le communisme et la dictature ont ce côté positif (puis-je dire ça?). Le vol est le plus grand risque encouru, la sécurité personnelle me semble être difficilement menacée. Je vous le raconterais plus tard, mais je me suis retrouvée à traverser le centre de deux villes en pleine nuit, seule et à pied, sans aucune sensation de risque, de peur ou d’insécurité.

Bref, là voilà qui arrive. Après avoir vérifié que les prix pratiqués par les agences pour la lagune sont effectivement faramineux, nous décidons de prendre la guagua (prononcez ouaoua). C’est à dire le bus local. Ces camions transformés en bus, sont souvent aménagés de façon rudimentaire. Cette remorque fraîchement repeinte (rouge pétant à l’extérieur et bleu horizon à l’intérieur) est fixé sur les essieux d’un 36 tonnes grinçant. Les bancs sont des poutrelles d’acier soudées à la paroi, raides et étroites. Les vitres sont inexistantes et les cubains intrigués par notre présence, oscillant entre une incrédulité amusée, bienveillante et une froide distance. Le vendeur de ticket – contrôleur est haut en couleur. Il ponctue chaque arrêt, achat de ticket et montée de passager d’une longue tirade, faisant rire l’assemblée. Nous n’en comprenons pas la moitié, mais saisissons bien qu’il nous réclame au moins le triple du prix et en CUC. Elodie rétorque, les passagers nous défendent. Elle finit par obtenir un prix raisonnable, mais il n’a pas la monnaie pour nos gros billets de pesos. Finalement, le comble, une passagère débourse la monnaie manquante et refuse tout remboursement. Si le billet est vraiment pas cher pour nous, il l’est pour les cubains. Ce geste nous embarrasse tout autant qu’il nous touche. Notre samaritaine nous indique le bon arrêt et nous descendons à deux pas du parc régional de la lagune.

Ce court transport me rend heureuse. Je jubile de réussir à me déplacer comme les cubains, sortir des aménagements et infrastructures prévus pour les touristes. Bien entendu, cela amène des situations incongrues. Mais c’est le bonheur. Je retrouve mon plaisir et ma façon de voyager. J’ai trouvé une vraie partenaire de voyage. Merci Elodie! Jamais, je n’aurais pu réaliser cela sans toi. Sa maîtrise de l’espagnol, son « baroudisme » et sa curiosité nous a ouvert tant de portes, de bras et de cœur!

Nous sommes descendus du bus et devons retourner quelques mètres en arrière: il fait vraiment chaud et il n’y a personne sur la route, mais le parc est là, quelques gardes nous accueillent. Une première guide nous accompagne jusqu’à la lagune en nous montrant la faune et la flore. Nous traquons un Zunzun  bleu nuit tout petit (colibris tout petit), le tocororo (oiseau national), le pivert, le maracassier (arbre à maracasse, si, si, si, je vous jure. ça existe!), les crabes de mangrove. Un deuxième guide, Alejandro, prend le relai pour traverser la lagune. À bord d’une barque, il rame jusqu’aux « troupeaux » de flamants roses. Installée à  l’autre bout de l’embarcation, je profite du paysage et me fait bercer par la discussion d’Elodie et d’Alejandro. Ces deux-là se racontent leur vie. Une fois à proximité des échassiers pas si roses, je tente d’obtenir quelques informations sur ces bestioles! Alejandro ramasse des plumes de flamant qu’il nous offre. Il rame un peu plus loin, repérant l’endroit le plus profond où se mêlent la mer et la rivière pour nous permettre de nous baigner! Une promenade extraordinaire et sur mesure.

Le retour à la terre ferme se fait tranquillement, presque rafraîchies. Alejandro prend le bus  avec nous et nous recommande chaudement de nous arrêter au jardin botanique.  Rebelotte: il nous offre le bus et nous indique l’arrêt pour le jardin botanique. On entre dans cet immense arboretum, il fait une chaleur à crever. On se met à l’ombre pour manger nos sandwich, c’est sans compter les moustiques aussi affamé que nous. Un petit lézard déploie sa gorge rouge à intervalle régulier mais jamais au moment où nous déclenchons l’appareil! Puis on joue à Charlie dans les arbres. On trouve un peu de fraîcheur au café du jardin. Élodie en prend un, nous continuons de prendre des photos: lézard à tête bleue, bécquée d’un zunzun. Nous nous perdons dans la palmeraie.

Moîtes et assommées de chaleur, nous rejoignons la route pour Cienfuegos. En traversant le village pour y attendre le bus, nous nous ravitaillons : rhum, citron et guarapo (jus de canne à sucre). Nous retombons en enfance avec un petit garçon timide mais qui se fait toute une fierté de tourner le tourniquet sur lequel nous sommes installés. A l’arrêt de bus, un vieux cubain nous explique qu’il a travaillé toute sa vie dans la raffinerie de sucre qui a fermé au profit d’une cimenterie. Les bâtiments et cheminées bétonnées sont visibles de loin. Cette fois-ci le bus ressemble davantage au bus de chez nous. Dix de dère: nous sortons nos pesos, mais le jeune homme qui est monté devant a payé notre passage. Marié, habitant à la campagne, il rejoint la ville pour travailler. Sur son 31, sourcil épilé, système pileux tondu de près et gominé à souhait, il est boulanger de son état. Il est surpris de notre volonté de rencontrer les cubains, de voyager comme eux, de notre curiosité et de notre intérêt pour leur avis. Élodie charme à tout crin : souriante, pétillante, elle parle si bien que la discussion est libre, spontanée et ça c’est redoutablement efficace!

Une fois arrivée à Cienfuegos, je déménage de casa pour celle d’Élodie. Nous divisons ainsi le prix de notre logement par deux. Sur sa terrasse, face au malencon, nous broyons la menthe, sirotons nos mojitos et débriefons notre journée avec son hôte adorable. Nous nous endormons repues, estourbies de chaleur, de fatigue, réhydratées au rhum, béates de cette incroyable journée. Demain décollage pour une autre destination! Je pars pour la baie des cochons et Elodie pour le sud.

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Cienfuegos – retour à la réalité… française!?

Aller à Cienfuegos, c’est revenir sur mes pas. La ville est belle, paraît-il, et plus authentique que Trinidad, la touristique. Parmi les rabatteurs, un ami (ou employé?) de mon hôte m’attend. Réservé depuis l’autre Casa.
C’est un truc à savoir lorsqu’on voyage à Cuba: les casa réseautent entre elles, et c’est sacrément efficace. Si vous tombez dans le circuit des casa à 25 cuc la nuit, elles vous réserveront votre prochaine casa (au même tarif) dans n’importe quelle prochaine halte souhaitée… Si vous voulez changer de prix, il faut vous sortir du réseau initial et chercher/négocier la prochaine casa et replonger dans le réseau davantage adapté à vos tarifs.
Je pose mon sac, c’est la fin de l’après midi. Les yeux encore embués de Trinidad, je pars arpenter la ville. Bof… Le contraste lui est terrible. Triste, grise, décrépite, vide: elle oscille entre l’usure et le clinquant cheap. De loin, je souris à une autre touriste, jeune, seule aussi, à l’autre extrémité de la place centrale. On se croise, rendues à l’autre bout. Elle m’aborde en espagnol, je réponds en anglais, mais son accent est étrange, familier. Devinez, c’est une française! Elodie. On se met à papoter et à déambuler. Très vite, une belle discussion s’installe : une vraie rencontre, simple et limpide.
Nous marchons tout le malencon, admirons les dauphins dans la baie et le soleil couchant. On se quitte, décidant de faire les prochaines excursions ensemble. Sur le chemin du retour, je mange une triste pizza dans un petit resto qui ne paye pas de mine. Toute garnie d’un jambon élastique, d’une saucisse douteuse et de chou intense, arrosée d’une bucanero (bière forte), me voila moitié saoule et nourrie pour le tiers du prix de Trinidad. Il fait nuit, les rues sont douces, tranquilles, les passants me saluent. Je m’écroule dans le lit et m’endors du sommeil du juste (ou de l’ivrogne…).
Le lendemain est une journée hiératique, ralentie tout en étant pressée. Impossible d’organiser nos excursions, toutes les agences sont fermées. Déception, mais c’est normal, c’est dimanche! Je scotche sur un orchestre d’instruments à vent et percussion, installé au milieu du prado. J’exhulte et mitraille, le chef d’orchestre enchaîne les solos, sous les applaudissements et le sourire des badauds attentifs. Cliché, certes, mais excellent. Élodie se moque de mon air ravi!
À défaut d’excursions, nous allons faire un tour de bateau dans la baie. Elodie taille le bifteck avec l’agent de la marina: nous ressortons avec billets, rdv et tuyaux en poche. En attendant le prochain départ, nous marchons sur la punta garda. Nous longeons une petite plage, les familles s’y baignent à l’abri des parapluies. Des mômes font des concours de plongeon au bout du quai. Ils rivalisent de prouesse pour se mirer dans les écrans de nos appareils. Notre promenade se termine sur le palacio del valle, palais mauresque construit en 1917, par un riche négociant en sucre. Aujourd’hui c’est un bar restaurant. Le point de vue est beau, la terrasse accueillante, l’ombre bienvenue, et le petit cocktail rhum citron gouleyant. L’escalier ondule. Et ça repart…
A la recherche de quoi grignoter à midi, on échoue dans un fast food local. Je commande « zeitounas », un truc qui devrait ressembler à un sandwich au thon. Vingt minutes plus tard et une relance faite auprès du serveur, l’assiette arrive. Fous rires incompressibles: c’est une poignée d’olives tranchées. Ils ont dû hésiter avant de les trancher… Mes vestiges d’espagnol deviennent mythiques!
Retour vers la marina. Le départ du bateau se fait attendre, le groupe de touriste est en retard. On se raconte nos vies sur le pont, sous un arbre au bord de l’eau, on se trempe les pieds. Les martiniquais arrivent, le bateau largue les amarres, le tour de la baie se fait sur les chapeaux d’hélices et n’a aucun intérêt. Déception bis.
Pressées – nous voulons assister à une pièce de théâtre – on saute dans un bixitaxi. Son propriétaire pédale comme un forcené. À peine essoufflé, il raconte sa vie à Élodie. C’est un coureur invétéré: marathon et autres courses au long parcours sont ses pains quotidiens. Arrivées au théâtre, le prix du billet triple pour les étrangers, et explose notre budget journalier. Déception ter. Grosse frustration d’Elodie. Assises sur les marches du collège San Lorenzo, Elodie réfléchit à sa prochaine destination, le nez dans le guide. Un jeune cubain vient s’asseoir et entame la conversation. Elodie ronchonne, habituée, elle ignore et je réponds. Il bosse dans la construction. Nous retournons à nos casa et rdv pour pour 21h30. Notre renard veut s’incruster. Je dîne dans une petite cantine bonne et pas chère: excellent hamburger accompagné d’une limonade et d’un ontarien un peu perdu. Il vient ici depuis 26 ans mais se sépare de sa femme (cubaine).
Casa musica, version Cienfuegos. Notre constructeur cubain nous y retrouve… Elodie en était persuadée et elle avait raison, il s’incruste. On s’attend à un groupe mais non, parce que c’est toujours dimanche. Déception je ne sais plus combien, je ne compte plus. Alors nous avons droit à des chanteurs sur bande son. Les karaokés mielleux et kitsch asiatiques n’ont rien à leur envier. Le premier chanteur a le crâne luisant de gomina, porte une chemise violette moirée, scintillant sous les spots. Il pleure tellement sur son micro que Julio Iglesias devient une punk star.  J’en pleure de rire ! C’en est trop. On s’enfuit à la recherche de vraie musique et nous nous dégageons tant bien que mal de notre jeune admirateur en quête d’argent et de compagnie. Attirées par le doux son d’un band sortant des fenêtres grandes ouvertes d’un restaurant à l’étage. On s’assoit sur un étroit balcon ouvragé. Nous sirotons un ‘tit truc, profitant de la fraîcheur nocturne, face à la rue et au ciel étoilé, écoutant avec délectation les musiciens. Bilan des premiers jours – économies  conséquentes, déceptions : 4; fous rires 2; amitié: 1. Le balcon se vide, les musiciens rangent leur instrument, le resto ferme. Rdv demain matin. Plan sympathique en prévision : rejoindre la lagune et les flamants roses par nos propres moyens – un bus cubain.

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Jours suivants: repos et économies. Avec l’extorsion de la veille, j’ai dilapidé quelques nuits d’hôtels. Les petits resto de rue ou les charrettes à sandwichs feront mon bonheur.
Mon appareil photo ressuscite pour la 3e fois devant mes yeux ébahis… Il doit avoir de la parenté sous d’autres cieux. Allélu Canon!
Déambulation dans la ville et réflexions flâneuses. Ici le vélo est roi, en mode individuel ou en touktouk de groupe.Plus on s’écarte du centre ville, plus les chevaux et les engins à moteurs reprennent leur place. La chaleur n’empêche pas les hommes de porter d’énormes chaussures de chantier en cuir épais. Réflexion d’occidentale et de capitaliste: ils n’ont sans doute pas trop de choix. Achat de petits cadeaux pour la famille. Plusieurs colliers de graines rouges, noires ou brunes, plus ou moins séchées.  Quel que soit la couleur, ils réservent quelques surprises à leur destinataires. Quelques 9 mois plus tard, de jolis petits vers cubains tenteront de coloniser la campagne française sous l’œil écœuré de ma fratrie! Je retrouve Ramiro : nous allons discuter et goûter un canchanchara, spécialité de Trinidad à base de miel et de rhum. Je louvoie entre les pavés, vers la maison, douche et réveil avant le dernier cours de danse.
Le lendemain, départ. Je fais mes dernières emplettes, règle mes dettes, prépare mon sac, réserve le bus, dernières visites de musée et discussion avec Rosa. Ma prof de danse me raconte un peu plus la vie cubaine: les difficultés multiples, la nécessité de l’accumulation des talents, de l’entretien de la débrouillardise, du développement de l’entraide et la multiplication des professions, l’accession enfin possible à une pseudo-propriété. Elle détient le titre de propriétaire sa maison (rare femme totalement indépendante – de maison et de profession), l’État accorde ces titres depuis peu semble t-il. Elle me détaille la logique des alliances nuptiales. La vie est si difficile que les cubains cherchent à tout prix à se l’adoucir de façon quotidienne. Les séparations et les remariages sont légions. La veille, le plumeur à cheval (guide de randonnée) était fier de m’annoncer sont 4e mariage avec une jolie et fringante jeune fille qui venait de lui donner son 3e enfant.
L’heure du départ. Je monte dans le bus. Pincement au cœur. Les rues lumineuses, colorées, Rosa, Ramiro vont me manquer, je ne suis pas partie que j’ai déjà envie de revenir… J’ai l’habitude. Dès que je rencontre des gens avec lesquels je clique et que je suis autonome dans une ville, je me sens bien et m’attache. Mais l’île est grande et je veux vraiment aller la découvrir! La machine à rêve s’emballe: Pourquoi ne pas acheter une maison ici…?* Ça aussi, c’est un grand classique… Je respire par le nez. C’est aussi ma façon de gérer ma tristesse tout autant que  l’expansionnite aiguë de mon bonheur, vous savez celui qui fusionne et englue!** J’ai du être une abeille dans une vie antérieure pour fabriquer autant de plaisir collant!
Le prochain billet : la rencontre d’Elodie!
* Ce serait permis pour les étrangers à partir de janvier de cette année – 2016 – finalement il ne semble pas que ce soit le cas, à moins d’être cubain.
 ** https://audreyboursaud.wordpress.com/2014/09/03/en-plein-vol/

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