Gens et autres propos

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Réponse à une demande spéciale d’une de mes fidèles lectrice : raconte les gens, que vivent-ils? que pensent-ils?
Question pas si simple car ce voyage fut différent des autres. J’étais nettement moins en contact avec les locaux et bcp plus avec des touristes, pour l’essentiel des français de France. Plusieurs raisons. Tout d’abord, j’ai joué la touriste, 2 ou 3 jours par lieu, ça ne favorise pas la prise de contact avec les locaux et ni la perception de leur quotidien. Puis la barrière de la langue est significative, comme en Inde. En anglais ou en français, la frange de la population avec laquelle on peut interagir est limitée, au Laos encore plus qu’en Thaïlande. Mon thaï et mon lao étaient aussi rudimentaires que l’anglais de la grande majorité, le mime n’invitant pas aux confidences, les échanges furent donc limités. Par exemple, je sais dire bonjour, svp, merci, au revoir, commander quelque chose, comment allez vous, si mon interlocuteur à l’étrange idée de répondre autre chose que ça va, ou demander si je veux bien cuit ,avec ou sans sauce, c’est fini, je suis perdue.
Si l’hospitalité, la gentillesse sont bien présents; la tristesse, la cupidité et l’indifférence parfois perceptibles, connaître les réalités, les défis et les vies est assez complexe, surtout que le sourire reste de mise, toujours. Bien entendu, le fait de vivre avec Purinchaya m’a permis d’entrevoir une réalité thaï, mais je ne peux en dire autant pour le Laos.
Contre toute attente, c’est avec les moines que j’ai le plus discuté. Contrairement à ce qu’annoncent les guides, ils sont avenants, femme seule ou non, ils veulent pratiquer leur anglais et n’hésitent pas à engager la conversation. Ils sont ravis de discuter et de prendre la pose.
Ce qui me permet d’aborder l’importance du boudhisme que j’ai saisi au cours de ce voyage ( confirmé par ma lecture a posteriori des guides). Une part importante des hommes vont être moine pendant une période de leur vie. Souvent, ils vont entrer dans un monastère, jeunes adolescents (11-13 ans) et partir une fois leurs études terminées. Le boudhisme leur offre une philosophie, un rythme de vie, une pratique religieuse, bref un cadre, un toit, l’opportunité de faire des études. Cette religion est ainsi profondément dans la population, c’est aussi ainsi que je m’explique cette douceur, ce respect constant des autres, cette sérénité ambiante.
Leur pratique du boudhisme n’a finalement pas grand chose à voir avec l’interprétation que je m’en faisais. Mes découvertes sont encore subtiles et balbutiantes. Pêlemêle:  les pratiques superstitieuses et divinatoires existent aussi. Il n’est pas un refus des émotions, mais une façon de les gérer, de cultiver, d’amplifier toutes celles qui sont amours, joies et harmonies, de rester distant, spectateur, de réduire celles qui sont de l’ordre de la jalousie, de la colère, de la haine, une façon de dompter le hamster. Les pratiques sont aussi variées que les monastères, tout en restant cohérentes aux enseignements de bouddha.
Les moines ne font rien dans le sens où ils ne produisent rien, ils participent à la vie du monastère, nettoient leur linge, mais l’essentiel de leur tâche est d’étudier, la pratique de la méditation est très variable selon le monastère, le moine et l’humeur. Ils se nourrissent de l’aumône des habitants. Les journées semblent bien moins encadrées et rythmées que celle des moines chrétiens, le rituel de l’aube et le shanti sont les seules obligations quotidiennes. Rituel de l’aube: les moines sortent à 5h00 du matin, parcourent leur quartier, recueillant dans leur écuelles les dons de riz collants offerts par leur voisins. Le shanti est une sorte de messe. 18h00: les moines se rejoignent dans le temple, psalmodient les enseignements de bouddha, les pratiquants peuvent se joindre à eux, la plupart du temps les touristes peuvent y assister. Cette religion est incroyablement ouverte et tolérante.
Les moines ne refusent pas la modernité, plusieurs d’entre eux avaient des téléphones intelligents et utilisent les ordinateurs. Ils recueillent les dons de croyants pour des demandes particulières, offrent des conseils ou des enseignements, emploient les professionnels en réalisant des travaux de restauration, d’entretien de bâtiment financés par la communauté de fidèles. Ainsi nombre de temples visités offraient la possibilité d’offrir des tuiles et des briques pour la restauration d’un temple ou d’un cheddi ou de toute autre partie du monastère le nécessitant. Parfois, il était possible de signer, notifier le montant du don sur la tuile ou sur la brique.
Le culte de la personne existe. Dans les monastères de grande envergure, des petites temples étaient dédiés à un ou plusieurs maîtres, moines vénérables pour leur enseignement et leur sagesse. Immortalisés en statue de cire, en position de méditation, ils vous accueillent aux côtés ou devant bouddha, seuls ou en brochette, devenus autels à leur tour. Impressionnants de réalisme, si ce n’était la vitrine qui les protégeaient, je les prenais pour vivants. J’ai baptisé ce phénomène de « moine en boîte ». Dans les petits temples, ces moines défunts sont représentés sous forme de statue entièrement dorée ou par des photos encadrées.
Observations générales : en Thaïlande, les marchés étaient animés par des chanteurs, des musiciens, des clowns, ou toutes autres numéros pouvant être pratiqués à l’extérieur, la plupart étaient des gens en marge de la société : handicapés, aveugles, transgenre, enfants.
Les bicyclettes et les motos sont aussi chargées de passagers qu’en Inde, le casque aussi peu porté, s’adapter à ces deux pratiques est très aisé :o). Les femmes enfilent souvent des gilets ou des blousons à l’envers pour se couvrir les bras, je ne sais si c’est pour ne pas bronzer ou simplement se protéger un minimum en cas de chute.
Beaucoup de gens sont tatoués, femme comme homme, moine comme laïc. Voir le dos des moines musclés, tatoués se balancer au rythme des psalmodies au milieu des tons rouges, dorés et orangés est d’une rare sensualité, auquel mon côté couguar mité et dégriffé n’a pas été insensible…
Les thaïlandais sont toujours souriants, les lao nettement moins, quand ils ne sont pas contents ou qu’ils n’ont pas envie de vous servir, vous le savez. Le rire est un rire mais aussi une façon de cacher sa timidité ou la gêne dans une situation donnée. Comme la colère et les émotions négatives ne sont pas accueillies, le rire sert de parade et façon de garder la face.
Aussi, nous avons assisté sur Dhong Khone à des relevailles, la parturiente avait accouché le matin, elle était couchée sur une charrette, enfumée à souhait par un brasero disposé à ses côtés, répondant probablement aux préceptes de la médecine chinoise, cachée derrière un rideau et invisibles à tous. Pendant ce temps, voisins et amis viennent fêter l’heureux événement en jouant de l’argent aux cartes, buvant, riant, fumant. La scène a une atmosphère de prohibition mafieuse des années cinquante… J’attends les photos de Djoude et deXavier pour vous le prouver.
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Bestioles

J’en ai rencontré tout un tas : des petites et des grosses, du cafard volant à l’éléphant. Je les ai croisées sur les routes, vives ou aplaties, domestiquées ou gambadantes, remuant ou en brochettes, sur les marchés. De beaux lézards aux éléphants à l’œil triste, certaines ont pu être photographiées, d´autres non.

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Pour les absentes, il reste les mots : le cobra traversant la route, au retour de notre ride de bicyclettes à Sukhotai, le varan immense (mesurant aisément un gros deux mètres), la patte en l’air, hésitant à traverser la route sous mon œil ébahit, interloquée de le trouver si près de l’hôtel. Il était vraiment beau, on ne s’est pas lâchés de la pupille, lui rebroussant chemin et moi farfouillant dans mon sac pour trouver cet £^_$&^|>|**!!! d’appareil photo, voilà pour les plus remarquables.
Sinon, disons qu’ici rien ne se perd, tout se mange, donc la plupart se trouve aussi sur les étals de marché. Ce qui m’a d’ailleurs fait craindre l’extinction des crapauds… Mais vu les milliers de minuscules grenouilles ou têtards sautant dans tous les sens lors d’une averse, je me dis qu’il doit encore y avoir de la marge.
Aussi, les buffles. Ils ont connu le même traitement que les phoques sur mes photos de Gaspésie. Têtes d’épingles sur mes premières photos, je leur tire le portrait à la fin du voyage. Progression d’autant plus remarquable, que je suis traditionnellement morte de trouille devant les bovins, excepté les spécimens à longues oreilles et goitre pendouillant que l’on trouve au Costa Rica, Inde et même de ce côté-là de l’Asie. Les buffles sont impressionnants car massifs et certains sont incroyablement cornus. Les voir se battre est fascinant, force déployée, percutante. Dès que je m’en approchais, ils levaient le nez, la nuque droite, le mufle aux aguets, l’œil sombre et le front buté, rien pour me rassurer. Quand ils avançaient d’un pas, le museau tendu, relevé, je reculais doucement, de face, et partais sans demander mon reste, me rappelant les consignes de sécurité face à un ours canadien (sic).
C’est à Dông Khong que le buffle me fut démystifié. Je les croise à tout bout de champs (littéralement), ils paissent au milieu de la route, n’ont jamais été aussi proches. Me promenant une de ces fois dans la boue, à bicyclette, je me retrouve entre une maman et son petit. Le petit meugle d’une voix de crécelle nasillarde, ce qui ressemble à tout sauf à un beuglement, ça se situe davantage autour d’un aboiement de canard. Tout de suite la férocité et la méchanceté ne sont plus crédibles. Par dessus le cuir noir, le pelage du petit est dru, rêche, blond, ce qui le rend duveteux. Ça aussi ça ruine le côté brutal. Je ne suis toutefois pas plus à l’aise, la mère garde l’air bête et le cuir lisse. Comme d’hab, je rebrousse chemin. Toute proche du restaurant dont le patron est francophone, je décide d’éclaircir ce point : la charge du buffle est-elle connue ou le fruit de mon imagination? Sans me rire au nez, il m’affirme que je ne risque rien, que les buffles sont craintifs, qu’il n’a jamais entendu parlé de course, ni de charge de buffle, que s’ils me gênent, je n’ai qu’à leur taper sur la croupe ou le museau… Le summum est atteint le lendemain soir: le soleil se couche, les champs se vident, les enfants jouent. Une petite fille, haute comme trois pommes, trépigne devant son père, elle veut ramener le buffle à la maison. Elle attrape la corde et se met à trottiner vers sa maison, tirant sur le museau du buffle comme un enfant le ferait avec un chiot en laisse. Le buffle suit, apeuré et docile. Bon, une illusion et une peur de moins…  Au prochain voyage, je lui gratte le naseau.