Noël en France

Retour à la maison : retrouvailles du quotidien qui roule, reprise des marques et du plaisir simple d’être assis l’un à côté de l’autre. Le temps passe à une vitesse folle, je n’ai pas le temps d’arriver que déjà je repars. Frustration. Revenir à Noël, c’est retrouver tout le monde en même temps: un tsunami dans un sablier.
Translation à la Rochelle, 1e retrouvailles entre frères et sœurs, inauguration de cette nouvelle tribu. La Rochelle est déserte. On échoue rue de la chaîne, la seule ouverte. Ambiance détendue, pétillante. Vincent demeure le clou du spectacle. Jean nous abreuve et Marion nous nourrit, j’immortalise l’instant. La fratrie s’éparpille au milieu de la nuit. Chez papa, chacun a son enfant. Kiki dorlote Hugo, plaisir réciproque évident. Mon neveu se repaît d’exclusivité. Ces deux là s’entendent à merveille. Papa et moi restons ensemble, totalement inefficaces pour les courses, nous parlons peu. Présence tangible et indéfectible. Cartons à trier, vestiges d’une vie passée. Les rouvrir, c’est retrouver les projections passées. Une vie entière planifiée. A l’image du chat, j’ai eue de nombreuses vies: La Rochelle, enfance, études, Toulouse, Benoit, Montréal, édition, célibat. Sensation d’éparpillement étrange. Impression qu’aucun fil ne les relie. Des gerçures, des échos, marées noires dans mon sommeil.
Échange du transfuge à Pons. J’atterris dans les pénates sororales. La famille est au complet, Jean y est aussi. Petite balade sur les quais aménagés de Bordeaux. Excursion tyrannique de la tartine sur la dune du pilât: je traîne la famille sur le sommet. Petite heure de randonnée. Cyril et Ninon ouvrent la marche,  Marion et moi la fermons, les neveux en satellites. Ils râlent tout du long, argumentent, pinaillent, discutent, négocient, chamaillent. C’est bien les seuls auxquels je ne cède pas et qui me suivent, bon gré, mal gré. Découverte des talents d’acteurs du Titou en assoifé ou rescapé du désert. Il joue la comédie, recherche l’objectif et la mise en scène avec un plaisir, une créativité manifestes. Moment nostalgique : deux ans auparavant, au même endroit, je me projetais venir la parcourir à deux. Cette réalité-là aussi a pris le bord.

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Dernière journée. Solitaire. Découverte du Cap Ferret et de son ruban de sable à perte de vue. Un brouillard épais m’escorte jusqu’au cap. Soudainement, le soleil éclabousse. Brise marine ou chaleur du bassin, la brume s’est retirée. Plaisir immense d’être touriste dans mon pays, de me promener le nez au vent, l’œil rêveur, la botte alerte. Recherche de la dune, de jolis points de vue sur le bassin, des petites maisons balnéaires proprettes et briquées, du goût de l’eau salée, des éclats de soleil dans les ridules de sable. La marée a dû changer, la brume reprend ses droits et engloutit le paysage. Je fais demi tour, direction plage. Face à l’Atlantique, droit devant moi, à 5500 km : Montréal. Les pins assurent les arrières, le soleil se voile, les vagues s’enroulent, les pêcheurs s’installent, le sable crisse, les surfeurs flottent, le ressac me berce. Retour à la maison. Dernière nuit, dernière soirée, une dernière goutte de champagne rosé. Intermède terminé, je reprends ma vie où je l’ai laissée.
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Fêtes en famille

Noël en France, billets achetés 7 mois à l’avance. Voyage programmé, programmant, programmable. Départ pas mal à l’arrache, facilité trompeuse du retour chez soi. J’y retrouve mes chaussons mais oublie les commandes… Plaisir simple, anticipé, d’être ensemble. Désaccord sur l’organisation des retrouvailles, d’une fusion à la route dissociée: nécessité de se réaccorder. Grincement et réajustement des rouages.

KLM est une compagnie étrange, bleu glacier, plateau repas léger, organisation du vol différente: serviette chaude, service de gauche vers le haut puis milieu et finalement couloir de droite. Devinez où je suis. crève la dalle. Hôtesse pas super agréable. Voisin, aussi affamé que moi, demande si on a pas été oublié, elle de répondre d’un sourire carnassier, vous croyez que je fais quoi? Que je suis en vacances? Lui, surpris, baisse la tête, penaud. Empathie totale. Rien vu d’Amsterdam: pose de nuit, temps gris et pluie. Aéroport en réfection, triste, jaune et noir, des boutiques avant le passage aux douanes qui ressemblent davantage à un Maxi ou à un Leader Price, dépendant des références. Dédale toujours impressionnant des zones d’embarquement aux multiples portes. Passerelle d’embarquement dotée d’hublots. Il y a un coté marin à cette compagnie aérienne. Impression confirmée en regardant de plus près l’équipage. Grandes et amples, ces hôtesses blondes au regard clair, ont le pied marin, proportionnel à leur taille; elles résistent à tous les vents. Au loin, les îles pyrénéennes émergent d’une mer de nuages, on plonge sur Bordeaux.

Temps de vol : à retenir un sandwich au poulet souriant, deux films sympas, un Bollywood sauce française et le topic YSL.
Une famille indienne s’échoue dans un petit village français, ouvre un restaurant en face d’un concurrent bien installé, une étoile Michelin. Rivalité exacerbée de cuisine – bienséance bourgeoise d’une Christine Scott Thomas guindée à souhait et l’exubérante générosité naïve et épicée – s’éteignant sur le fils prodigue, transfuge de la culture originelle. Il s’en va, s’étiole à Paris bien qu’auréolé de succès, puis revient décrocher le reste des étoiles au sein d’une famille recomposée. Bollywood sur fond de dépassement de soi, agrémenté de la thématique du retour, puisant dans les traditions et les valeurs familiales. Émotive, je reste: petite larme.
J’enchaîne avec YSL. Beau film, images léchées et ambiance épurée, fins esthètes, sens de la formule et aspect synthétique, un vrai topic à l’américaine, la trame reste française, ne nous y trompons pas. Cette version semble avoir fait la part belle à la vision de Pierre Berger. Les deux y sont touchants, dévoilant tensions et faux pas qui font d’eux un duo intriqué et parfois douloureux, la bonne tenue demeure de rigueur. Les émotions se couvrent de pudeur, l’image reste lisse.

Le sandwich au poulet maintenant. Ou comment manger marketing. L’hôtesse, toujours marine, dépose sur ma tablette une petite boîte de carton aux allures de cageot de bois blond (ça fleure bon l’authentique et la campagne) contenant le dit encas. Sur ses flancs, tout un discours. Je peux manger mon poulet tranquille, en toute bonne conscience. La ferme qui les élève leur offre, à défaut d’amour, de la compassion (sic!). Les poulets grandissent dans un environnement répondant à leur besoin: quartiers de nuit et de jour, perchoirs et bains de poussière. Accessoires essentiels aux deux activités préférées du poulet. Nous voici rassurés. Si le poulet n’est pas bio, il a au moins l’espace et l’équipement pour vivre sa vie de poulet. Marketing de surface assumant de le faire pour que nous puissions l’avaler sans aigreur…

Prochain épisode : séjour en France, fin des photos et billets thaïlandais ou toilettes japonaises, j’hésite encore.

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