Varadero ou le trait d’union américain

L’avion au départ de Montréal est un petit coucou régulier de 2 fois 3 places. Chargé de québécois pressés de se baigner et de se mettre au soleil. Un peu comme les vols vers la Tunisie ou la Turquie pour l’Europe. Les Mister Hyde ont éclos une fois le portail de sécurité passé… à moins que ce ne soit la concentration qui me décille soudain: l’impoli en terrain conquis est la faune endémique du resort, tout inclus.
Le voyage commence:  les hommes jeunes sont gominés, imberbes, tatoués bodybuildés, les filles bronzées, le sein haut, les cheveux lisses, les ongles longs et colorés. Le Québec est en Amérique ne l’oublions pas. À bord d’air France, ce serait les bidochons! Les codes sont différents mais nos comportements en troupeaux sont identiques! Je souris. Je serais sans doute plus intransigeante si c’était mes compatriotes.
Je me regarde des films pour enfants… à peu près seule activité intellectuelle que je puisse encore exercer. Je suis explosée ! Le sommeil a été court, l’œil est rouge, la cerne gonflée, les traits tirés.
J’atterris à Varadero. Cuba a 4 aéroports, celui-ci dessert les vols les moins chers. Normal, j’arrive au milieu de la côte d’azur cubaine. Varadero est une péninsule de sable blanc, bordée d’hôtels. Face à nous, la Floride: 180 km nous sépare!
Je prends un bus de resort pour me faire déposer à quelques rues de ma casa particular, sorte de bed and breakfast cubain. En fait je ne risque pas de me perdre, les rues sont peu nombreuses mais longues, à l’image de l’étroite péninsule. Sur le chemin, Cuba ne se dément pas, voici les cartes postales: les maisons sont colorées, les vieilles voitures astiquées, le sabot des chevaux claquent sur le bitume, les frontons des édifices et slogans révolutionnaires nous accueillent en espagnol, en français et en russe!  Mon hôte est accueillante et parle un peu le français, la chambre est un peu chère.
Après une sieste, je m’en vais explorer la plage et me … baigner. La mer est merveilleusement bleue et chaude, je ne me glisserais pas plus facilement dans ma baignoire! Le sable blanc est jonché de bouteilles, canettes vides, les palmiers penchent. Les pélicans et les bancs de petits poissons blancs. Gros plans sur les voitures anciennes rutilantes, les gens gentils, directement! Cuba est là, sans retenue, ni fausse pudeur, un tu me prends, me voilà, sans discussion.
Ma plus grande surprise réside dans le fait que j’ai l’impression d’être entourée de touristes. Erreur! Je suis dans la portion pauvre (début) de de la péninsule donc les hôtels sont bien trop vieux et petits pour accueillir mes concitoyens. Même s’ils sont blonds, s’ils ont les yeux clairs, sont tout aussi bodybuildés, lissés, tatoués, griffu que mes voisins d’avion… Ils sont cubains: ils parlent espagnol et l’accent ne trompe pas. Les codes esthétiques sont aussi d’Amérique et la variété des peaux est identique, du rose pâle à l’ébène. La vêture est toute aussi légère.
Départ pour Trinidad décalé, bus raté: je n’ai pas réussi à me lever à 6h00. J’explore Varadero et en profite pour faire les autres broutilles techniques et pratiques.
La rue centrale, sorte de boulevard, organise la péninsule. Quelques épiceries, un petit « supermarché »,  plusieurs boutiques de souvenirs, l’artisanat n’est pas la force de l’île; les cigares, les photos du Che, le rhum davantage. Une galerie d’art et un joli atelier de poterie. J’entre dans une Panaderia (pâtisserie/boulangerie) et goûte toute sorte de biscuits. Ils sont assez simples, beaucoup de sablés ou de roulés avec différents parfums, glaçages. Si je suis dans l’une des zones les mieux achalandées, Cuba est quand même sous blocus. J’aime beaucoup un roulé trempé dans le sucre, parfumé à la cannelle (soupcon) et à la fleur d’oranger et une brioche très douce et légère, elle aussi recouverte de sucre. J’observe mes premiers lézards. Belle marche le long de la plage, première approche cubaine: un homme d’une bonne cinquantaine, beau, sec, plongeur, grisonnant, l’œil sombre, pétillant. Je ris, on ne se comprend pas.
Mardi départ pour Trinidad.
Après avoir fait un joli tour de l’île, voici comment je résume la péninsule.
Varadero, c’est l’histoire d’un cuba vite et pas cher, simplifié à l’extrême, se dépliant autour d’un axe, un cap d’Agde brutal, un cuba pour touriste. Enclave dorée qui n’a rien à voir avec la réalité du reste de l’île. Les cubains qui y vivent sont privilégiés.

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