Arrivée à Trinidad, Carcassone cubaine

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Départ pour Trinidad: réveil à 6h, sac sur l’épaule, monnaie sur la table, course de taxi exhorbitante pour la distance parcourue, bus climatisé, retour dans les bras de Morphé. Plus tard : mon oeil s’ouvre sur une belle campagne, incroyablement verdoyante, vallonnée, terre noire ou rouge, champs de canne à sucre, de manguiers, des vaches à longs plis et amples bosses, vautours paresseux, chevaux épars. Nous croisons nombre de charrettes, vélos, motos, nous roulons sur une 3×3 voies vide, complètement à gauche, étrange…
Petites villes traversées, les maisons y sont ramassées, colorées mais aussi délavées, délabrées ou grisonnantes. Les panneaux et slogans révolutionnaires rythment la route, annoncent les villes. Toutes déclament un passé révolutionnaire glorieux, « Hasta la victoria siempre ». Chaque ville a sa petite phrase.
Les enfants, en uniforme, vont à l’école. Les femmes, tenue légère, cheveux tirés, ongles longs, seins hauts, fesses bombées, petits shorts moulant, camisole serrée et bedon rond, les hommes ont l’oeil rieur, le regard droit, gouailleurs, les couples s’embrassent, se pincent les fesses. 1e fois que je visite un pays « sous développé » où la femme a le même statut vestimentaire que le notre, où la sexualité est aussi assumée. Aucun poids de traditions, de castes, de règles n’est visible de prime abord.
La route entre Cienfuegos et Trinidad longe la montagne, s’insinue dans la mer, croise des petits bouts de plage, la mer est superbe, bleu turquoise et moutonne à souhait sous l’effet du vent et des rochers.
Le bus brinquebale sur les pavés, nous entrons dans la ville. Les couleurs intenses des façades contrastent avec la blancheur des barreaux de fenêtres. L’architecture de la gare routière a la tristesse de l’efficacité. Une nuée de rabatteurs s’agite à la sortie du bus, j’étais prévenue. Je traverse, mutique, mode tortue. Il est 14 h, pleine cagna, aucune ombre. Je me perds, pas le moment d’ouvrir ma carte. Ça ne dure pas longtemps, la zone d’excitation est vite passée. Je demande mon chemin : réponses souriantes, détendues et presque compréhensibles. Cette valse hésitation me fait entrevoir une architecture coloniale, lumineuse, des céramiques de ciment peintes, comme je les aime. Les gens sont souriants et parlent aisément.
J’arrive dans ma casa, règle les formalités d’usage et repars aussi sec. Soif de découvrir, envie d’arpenter. Tous les habitants sont de sortie. Sur les trottoirs ombragés, se croisent quelques paniers de courses vides ou presque, s’agglutinent des joueurs de dominos, les enfants jouent aux billes dans les rigoles des pavés, des oiseaux en cage sont promenés, des musiciens tapent le boeuf, certains montent leur chevaux, moyen de tenter le touriste, d’autres se font épiler, balaient, brodent, regardent les passants, quelques uns titubent. Les femmes me signalent d’œillades les délires d’ivresse ou le verbiage sénile. Je me fonds dans la ville, un poisson dans l’eau. Le contact est facile, la chaleur est palpable, l’appareil photo bienvenu. On rie, on discute le bout de gras et chacun repart vaquer à ses occupations.
C’est ainsi que je rencontre Luis: historien, brouettier et bricoleur. Dans ses sacs rouges, des cahiers sur lesquels est consignée, d’une écriture pleine et déliée, l’histoire des villes de France des touristes déjà rencontrés. Il me récite ainsi l’histoire de la Rochelle. Impressionnant… et surprenant d’entendre parler de sa ville natale en espagnol aux antipodes. Au détour d’une ruelle, je tombe sur un groupe de musiciens entonnant les classiques cubains (Buena Vista Social Club). Ramiro m’invite à taper une mâchoire de bœuf(?) faisant office de maracas. J’accepte avec plaisir, prend des photos, profite de la fin du concert, tape la discute et demande un prof de salsa. Ramiro décide de me prendre en charge et me donne rdv pour aller rencontrer le prof. Je poursuis ma découverte en attendant : églises, hôtels, restaurants, terrasses, places, échoppes sont bien entretenues. La ville est belle et elle le sait, elle est touristique à souhait et patrimoine de l’Unesco (l’île en est couverte, meilleur moyen de sauvegarder ces endroits du délabrement).  J’aime, j’aime, j’aime !
Ma prof de danse m’accueille pendant un de ses cours, ses tarifs sont des plus honnêtes, sa patience est à l’épreuve des balles. Cinquante ans, elle en parait quarante, épaisse comme une arbalète, sourire permanent et humour grinçant.
Retour à ma casa. J’y rencontre un couple d’allemands avenants et curieux. Après un dîner gargantuesque et savoureux, nous allons à la Casa de la Musica, institution touristique et musicale par excellence. Concert quotidien à partir de 16h jusqu’à minuit. S’y retrouvent touristes, cubains, danseurs, musiciens, badauds et charmeurs professionnels. Les cocktails sont goûtus, la musique est excellente, la piste de danse est envahie, les sourires sont contagieux. Ça virevolte dans tous les sens, vieux, jeunes, novices, férus: tous sur leur 31, plus ou moins ralentis selon. Les complicités sont savamment chorégraphiées. Je me dandine, bat la mesure et, finalement me laisse tenter. Mon partenaire est un petit bonhomme, fin, édenté, timide et bon danseur, un plaisir à suivre. La plupart des passes sont identiques à celles du forro. J’invite un vieux monsieur. Erreur! 75 ans au bas mot, danseur alerte et officiant depuis le début de la soirée, me colle trop, me bavouille dans le cou, la braguette ouverte (cassée ou possibilité de dégainer instantanément ?)… Je calme ses ardeurs gentiment et clairement. Surement atteint de surdité et de rhumatisme cramponnant, il insiste… Je me transforme en pic à glace, décolle et sonne le départ. On se promet un retour le lendemain!
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