Santiago, la plus belle et réelle

Les rues sont pavées, en pente. Avec les vieilles voitures, les maisons colorées et ses points de vue, Santiago ressemble à l’idée que je me fais de San Francisco. Nous habitons à deux rues de la place centrale, à quelques pas de plusieurs casa de la musica et autres bars dansant. Santiago est connue pour être féroce, intense dans ses dragueurs, sa musique, sa pauvreté, son patrimoine et sa culture. Nous nous arrêtons à la Casa de la Trova, une des places où les plus célèbres musiciens cubains sont passés. Nous assistons à un excellent concert de chansons traditionnelles cubaines (mais pas celles du buena vista social club), assis en rang d’oignons sur des chaises de bois, au dossier droit comme la justice. Rapidement, nous sommes invités à danser par deux cubains très gentils, polis et respectueux, différents. Vladimir est celui qui danse avec moi. Une brochette de Don Juan piétinent et s’impatientent dehors. Clairement des callientes (chauds lapins). Je suis à peine sortie que l’un d’entre eux m’attrape, et me fait danser dans la rue. Je ris et en profite! C’est tellement agréable de se faire inviter à danser sans préavis par un superbe danseur hors pair, au beau milieu de la rue, de la nuit sur de la salsa cubaine live. Certains chocs culturels se vivent bien mieux que d’autres tout de même. Je raye cet item de ma bucket liste mentale : apothéose surréaliste romantico-sexy sur une excellente musique au bras d’un éphèbe gominé done. Je remercie sincèrement et simplement et je m’éclipse. Il est minuit. Nous sommes sur le point de retourner à l’état de citrouille.

Le lendemain, nous partons découvrir la ville. Il fait très chaud. Le Musée de la lutte clandestine, le quartier Tivoli, les points de vues sur la ville époustouflants au détour d’un escalier, les montagnes au loin, les fumées, le port et son malencon en travaux, ses alentours un peu raides, exsangues.Contrairement aux autres villes, dans ces rues, quelques femmes nous regardent de travers, demandent de l’argent pour être photographiées, la mendicité est là, quelques mômes ont les fonds de culotte troués et nous réclame n’importe quoi; quelques regards sont droits, francs, durs, vindicatifs. Élodie est en colère, elle se révolte contre l’état du pays, la pauvreté, ce communisme qui affame ces citoyens. Elle s’était promis de ne pas aller dans un tel pays. Nous retournons vers les quartiers centraux: la cathédrale, le parque Cespedes, la Maison Velasquez, quartier plus policé. On se restaure d’une salade de poulet. Nous cabotons dans les petites boutiques, artisanat offrant des peintures sur des morceaux de toiles, illustrations chatoyantes et naïves, bouquiniste vendant aussi de vieux vinyles et les affiches originales absolument superbes du carnaval de Santiago. J’ai failli craquer. On enchaîne sur le musée du rhum, plutôt bien fait, didactique avec force schémas et une dégustation/discussion aussi convaincante que sympathique.
Finalement, nous décidons de terminer la journée en allant à la station de bus principale se renseigner sur les horaires et les itinéraires pour quelques destinations qui nous tentent bien. En fait, il y a deux stations de bus: la locale et l’extérieure. Il y a du monde, des regards incrédules: ça bouge, crie et remue pas mal. Aucun panneau, horaire identifiable, il faut aller pêcher l’information auprès de plusieurs personnes, les réponses sont laconiques. Contrairement à Cienfuegos, ils n’ont clairement pas le goût de déroger à la règle. Le système n’est pas évident, on rentre penaudes par l’avenue Patricio Lumumba.   Je ne résiste pas à la micro glace italienne à la fraise chimique, qui a le mérite d’être rafraîchissante. Élodie fait ma culture politique : Lumumba est un homme politique de taille! Héros, figure clé de l’indépendance et 1er premier ministre du Congo belge.
On se pose a la casa. Douche et « reset » des jambes: popotin collé au mur, pieds vers le plafond, meilleur remède contre la fatigue, la chaleur, et pour être prête à danser toute la soirée. Gloria nous a cuisiné un repas végétarien. C’est parfait. Pour les touristes, restaurant ou casa ne lésinent pas sur l’apport de protéines, oeufs, jambon ou saucisses du matin, le poulet du midi et du soir, nous avons une rage de légumes, de fruits, de léger, quoi! Ce qui ravie aussi notre hôte, c’est moins cher et moins compliqué pour se ravitailler.
Et hop, nous voilà reparties direction Maison de la trova. Élodie accoste un beau cubain dans la rue : quitte à demander un renseignement autant que ce soit à quelqu’un qui te plait! Je suis estomaquée et morte de rire. Elle lui demande où est la Maison, si le concert y a bien lieu ce soir. Il s’appelle Lester. Bien entendu, il choisit de nous accompagner. Lester est effectivement beau, sympa, posé, discret, respectueux et c’est encore un bon danseur. Mais c’est moi qu’il trouve de son goût. Je suis embêtée, je tente au maximum de les rapprocher. Il comprend mon malaise mais cela ne change en rien son penchant. Il nous propose d’aller nous promener demain, je réponds mes précautions d’usage, la bande son est quasi préenregistrée. Nous sommes tous bien rôdés maintenant… Ce qui n’empêche aucun d’entre nous de profiter du concert, des mojitos, de danser, moi pieds nus, entouré de danseurs incroyables.

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