El castillo del Moro – un vrai cubain

Le lendemain. Fortes des informations glanées la veille, nous partons à la recherche, à proximité du balcon de Vélasquez, d’un camion qui embarquerait des passagers pour aller jusqu’au Castillo del Moro. Toutes les voitures que nous arrêtons répondent par la négative à notre destination. Un cubain charitable nous explique et finalement nous accompagne à l’arrêt officiel, bien bien loin du balcon… En fait, c’est tout en bas de la rue corona. La seule indication de l’arrêt : une foule patiente. Là encore, quelques sourcils se lèvent, intrigués toujours : deux touristes voyagent avec eux. Cette fois, la remorque est une ancienne bétaillère rouge dotée d’une bâche jaune. Les bancs sont à peine plus large qu’une poutrelle. Nos voisins nous sourient et nous indique le bon arrêt: l’embranchement vers le castillo. Nous poursuivons la route à pied. Bien qu’il fasse chaud, le ciel est gris et la pluie se met à tomber. Habillée d’une petite robe de plage, je me sens… adaptée.
Un homme est descendu en même temps que nous. Discret, il s’enquière de notre destination et nous déconseille d’y aller seules. Elodie et moi lui répondons, souriantes et sûres de nous, que nous ne risquons pas grand chose. Nous poursuivons notre chemin. L’homme rentre chez lui. Mais le voici qui nous rattrape peu de temps après, avec un parapluie. Il ne nous demande rien mais nous annonce qu’il nous accompagne. Cela nous met mal à l’aise. Court conciliabule. On assume qu’il dit vrai et Elodie entame la bavette, je prends les photos. Edanis est super sympa, cordial, nous explique plein de choses (enfin surtout à Elodie).
Nous arrivons au fort. Il est superbe, bien conservé/restauré, impressionnant. Solide, il surplombe la baie de Santiago. Nous payons cher l’entrée. C’est gratuit pour Edanis. Ça me réconcilie quasiment avec le régime (a posteriori, je suis convaincue que ce dernier n’y est pour rien. C’est soit une directive de l’UNESCO soit une initiative fort sympathique, coup de pouce entre cubains). Nous visitons ensemble, les points de vue sont incroyables, les perspectives impressionnantes. Le fort avait pour but de protéger la baie des pirates, sa vocation évolue oscillant entre base militaire, prison, puis laissé à l’abandon, il est finalement restauré par l’unesco. Nous en ressortons enchantés, ma carte mémoire pleine.
Nous avons deux options: descente vers la plage et visite de l’île Granma,  ou retour à Santiago. On décide de poursuivre hors Santiago, par le petit chemin de traverse au grand dam des taxis et d’Edanis:  il est dangereux, glissant et peu praticable. Edanis nous accompagne encore… alors que nous allions lui dire au revoir. Notre pacte tacite se reconduit. Le sentier est un sentier de randonnée basique, avec des cailloux, des buissons, des passages sinueux mais pas escarpés. Nous croisons de grandes salles vides, creusées dans la falaise, blanche et vertes de mousse. Le petit chemin débouche sur la plage.
Le sable n’est pas fin mais composé de petit cailloux ronds, il fait chaud. Je ne calcule pas longtemps et pars me baigner, tandis qu’Elodie discute. Un groupe de militaire assis sur la falaise nous observe, les hommes sur la plage sont habillés et nous regarde. Qu’importe l’eau est belle, bonne, je me drape de ma serviette tout terrain, les abandonne là prendre mon quota d’eau de mer. L’eau est chaude, elle ne rafraîchit pas, mais me détend les guiboles. Lorsque je remonte vers la plage, Elodie parle avec un autre homme qui veut nous faire manger des langoustes dans son restaurant. Je lui propose de prendre le relai, qu’elle puisse se baigner. Elle refuse, trop mal à l’aise.
Nous poursuivons maintenant accompagnés d’un deuxième comparse bien plus énervant et insistant que notre Edanis. Nous marchons en direction du débarcadère où un petit bac fait le lien entre la baie et la petite île. En l’attendant, je me demande si je ne me rebaignerais pas genre rejoindre l’île à la nage: elle est vraiment tout proche, l’eau est belle… après la nappe de pétrole. Elodie hésite, elle aussi, les cubains nous le déconseille: de minuscules méduses fraient à cette période là. Et elles piquent. Dubitatives (on a quand même fait le coup du sentier escarpé), on scrute l’eau : ayé, on les voit et il y en a effectivement beaucoup. Abandon du projet.
La plupart des maisons de l’île Granma ont été détruites par un séisme. Les habitants sont des pêcheurs, les rues sont étroites, les maisons colorées, les habitants hauts en couleurs et en douleurs, les bougainvilliers débordent de partout. les enfants nous demandent sans cesse des crayons (parfois même des adultes). Notre 2e acolyte est en fait le fils d’un des restaurateurs de l’île, et nous voici coincés et attablés chez le paternel. Nous prenons une boisson car nous sommes parties un peu légère en flotte. Le père et le fils, ne perdant pas le nord, se relaient pour nous offrir leur langouste, reste à choisir la recette. La période est creuse, ils sont trop contents d’avoir attrapé deux touristes et un pilote égarés. Cette vente forcée confirme notre malaise. Après avoir pris le frais, notre trio bien homogène redécolle. On nous abandonne au pas de la porte du restau, nous nous retrouvons discrets et silencieux, soulagés.
Une fois hors de portée d’oreille et d’oeil, la parole se libère: cette expérience nous soude encore plus. Edanis est effaré comment certains cubains se comportent vis à vis des touristes. On a encore une bonne heure de marche devant nous, détendus et discutant de la dure vie cubaine et des dérives touristiques. La pénurie de crayon devient un signe de ralliement entre nous pour le reste de la journée.
Édanis nous offre le café. Nous entrons chez lui. Sur son terrain, il nous offre de quoi nous assoir: chaises rudimentaires et tabourets de bois. La maison est des plus modestes intérieur comme extérieur, simples murs fait de planches de bois ajourés, le sol est en terre battue, il y a peut être deux pièces. Nous n’osons pas rentrer. Les toilettes sont au fond du jardin. Il va là avec sa femme et son fils. Il nous explique qu’il ne voulait pas nous laisser aller là bas seules: un vol a été commis la semaine dernière sur cette même route. Il nous dit qu’il est content finalement d’avoir revisiter le fort, cela faisait bien longtemps. nous comprenons qu’il a consacré sa seule journée de repos à nous accompagner par simple bonne conscience, il refuse toute offre de compensation. Nous discutons un peu avec sa femme et son fils. Nous prenons des photos de la famille et lui promettons de lui envoyer la photo! Nous nous sentons très gênées de son choix mais sommes heureuses de cette vrai belle rencontre. Edanis nous raccompagne pour le prochain bus. Le soleil se couche, c’est un au revoir bien poignant. Nous restons silencieuses dans le bus de retour, la nuit est tombée. La journée fut longue et intense, nous allons nous coucher sans demander notre reste.

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