Camaguey – coups de cœur

Camaguey est un vrai de coup de cœur, bien moins touristique que Trinidad. Elle est variée, simple, moins apprêtée. Des rues commerçantes, résidentielles, un centre historique, des quartiers perceptibles, des ambiances distinctes qui se jouxtent: une vraie ville! Nous avons marché dans Camaguey à s’en user la plante des pieds et j’ai l’impression que nous avons parlé à la moitié de la ville. Les gens sont cordiaux et acceptent volontiers les photos. Aucune sollicitation ou presque, même s’il est évident que nous sommes des touristes, personne ne nous aborde pour notre beau sourire, on se sent comme à la maison. Le nombre des photos en témoigne!

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Voici un résumé de nos déambulations (parce que sinon je pourrais vous faire un billet pour chaque activité). Nous avons marché (la ville en long, en large et en travers), mangé (hamburgers, coco fraîches, glaces), parlé (à une bonne douzaine de personnes?), mitraillé (des centaines de photos), magasiné (cds de musique, programmation culturelle et cinématographique), visité (des ateliers et des galeries d’artistes, un bâtiment superbe et une école abandonnés), puis nous nous sommes connectées (il faut bien donner des nouvelles quand même), hydratées (dans un bar incroyable à la déco époustouflante, pas un seul cm2 qui n’est pas colorié ou dessiné), rentrées chez un vieux couple de témoin de Jéhovah rayonnant (soudainement, un morceau de mon passé m’a été bien utile) doté d’une télé russe des années cinquante. Épuisées et enchantées de notre journée, nous somme revenues souper à la casa et se poser avant… de repartir pour la casa de la trova (maison de la musique locale).
Là encore, le mojito ne coûte rien (encore moins cher qu’à Cienfuegos et ne parlons plus de Trinidad), la musique est live et nous sommes invitées à danser! C’est bien agréable… Jusqu’à ce que deux jeunes hommes (coqs?) se mettent en tête de nous chasser. La traque est intense, le gibier doit être exceptionnel et le trophée de taille… Au bout de 5 min, les plus grosses cartouches sont sorties: nous sommes les élues de leur cœur, les femmes de leur vie. Nous faisons face à des amoureux transis aux émois sirupeux! Je n’ai jamais fait un tel effet. Je ris et me moque d’eux (gentiment). Les chasseurs sont tenaces mais novices, armés de leur fringante vingtaine, ils gardent leur panache. Je leur explique deux, trois trucs pour améliorer leur tactique. Première fois que je me sens vieille et docte en riant autant, je les trouve attendrissants. Je me fais draguer par un môme plus jeune que mes frères. Ils veulent nous emmener au bout de la nuit moyennant de régaler les tournées. La réalité nous rattrape vite. Nous hésitons.
En sortant de la casa, nous voyons passer une banda en répétition (fanfare de quartier). Au beau milieu de la nuit. Les cuivres et les percussions ouvrent la marche, les jeunes et gens du quartier la ferment. L’allure est vive, la foule danse, joyeuse et réactive. Nous sommes ravies: nous plongeons dans le rythme et remontons vers les musiciens. Rapidement nos accompagnateurs s’agitent, ils n’ont pas envie de rester, veulent aller en boîte. Nous résistons et insistons. Ils marchent aux aguets. Ils nous surveillent comme l’huile sur le feu. Percevant la tension, nous restons en contact visuel. Selon eux : c’est le moment propice pour des de rixes, des règlements de compte dissimulés par la foule. Absence de preuves, de témoins, d’indices. Justement, quelques uns se mettent à courir en sens inverse. Sans que nous ayons eu le temps de comprendre, un homme en frappe un autre, le surprenant de dos, l’attrapant au col, il cogne. Cris et mouvement de foule, elle s’éparpille. Des hommes interviennent, des batailleurs s’ajoutent. Nos protecteurs nous attrapent lestement. Nous courrons en direction opposée dans les rues vides, loin de la musique.
Après réflexion, nous décidons de nous changer les idées et d’aller explorer la vie nocturne « camaguyenne » hors casa de la musica. Nous payons la tournée, et nous installons en terrasse devant la boite de nuit, en tentant de discuter et d’échanger. Mais nos fringants chasseurs sont en pleine course : lequel des deux va emballer son trophée… C’est assez fatiguant. Nous voulons calmer le jeu et nos visions du reste de la soirée sont différentes. Élodie veut se tenter la boite, moi non. Je préfère rentrer tranquillement à pied, mon chasseur me propose de me raccompagner par le chemin des écoliers. Ça me va, j’ai mes repères dans la ville, je suis capable de rentrer. On se met d’accord avec Élodie: on se retrouve à la casa.  Il m’embarque sur le porte bagage d’un vélo à ramener. La dernière fois que j’y posé la fesse, je devais avoir 15 ans! Malheureusement, le gras pris ne rend pas le site plus confortable. Nous pouvons de nouveau discuter, même s’il continue de ponctuer ses phrases de noms mielleux et étouffants. Il me montre où des crimes ont été commis, dépose le vélo, puis me montre où il travaille, finalement retour à la boite de nuit. Elle est fermée, Élodie a dû rentrer. Il est 4h00 du matin, la fatigue se fait sentir et la déception aussi. Il me raccompagne sur la place centrale… Je lui dis au revoir. Il s’allonge sur un banc et s’endort. Je rentre à la maison à pied, l’aube pointe son nez. La ville est tranquille. Pas très discrète, je me faufile sous les draps, Élodie se réveille.
On se raconte nos fins de soirées respectives. Elle a fait la fermeture de la boite, repayé quelques coups, a bien dansé, mais a trouvé l’ambiance plutôt sordide. Les touristes présents régalent des tournées à qui mieux mieux. Elle s’est fait raccompagner. Soirée assez intense en expérience et sensations! Petite grasse matinée, avant une journée tranquille : visite culturelle, préparation de la suite du voyage vers Santiago.
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Hésitation sur la suite du voyage

Départ le lendemain matin pour Santa Clara. Pour je ne sais plus quelle raison, nous ratons le bus! Nous voici donc en train de négocier (enfin surtout Elodie) pour prendre la maquina (ou louage en Afrique du nord ou de l’ouest). C’est à dire une bonne vieille voiture qui prend plusieurs passagers pour la même direction. Dès que la voiture est pleine, on part. C’est le bonheur! La route est agréable et la voiture confortable, cela change de bus et c’est plus rapide. Objectif : faire un simple arrêt à Santa Clara pour visiter le mausolée du Che. Ensuite chacune prendra le bus pour deux directions distinctes: Élodie file sur Camaguey et moi vers la baie des Cochons pour faire de la plongée.
C’est la première fois que je visite un mausolée. Malgré ses allures de musée, c’est un véritable hymne d’amour au Che. Le moindre des objets lui ayant appartenu est exposé, ses lettres, ses notes, ses photos le tout expliqué et documenté. L’homme avait belle allure, un charme fou, il est ici absous de toute critique. Une véritable hagiographie! Après la visite et consultation de la météo (pluies et vent prévus sur la Baie des cochons), je change d’avis et de direction.
Après avoir mangé une succulente pizza au fromage (plat typique des ‘tites échoppes de rues), nous grimpons dans le bus. 5h de papotage de nos vies, entrecoupé de siestes, de photos, de contemplation. Je suis absolument ravie de mon choix. Élodie est mon double : même façon, intérêts, budget, rythme et plaisir de voyager. Puis, nous nous découvrons des expériences distinctes mais des conclusions identiques, des envies de lenteur et de rencontrer les gens communes. Grâce à Élodie et à son bilinguisme, je retrouve ma façon de voyager et de me noyer dans la foule.
À Camaguey, nous sommes accueillies par des trombes d’eau. Nous partons à la chasse à la cabine: il nous faut appeler notre hôte pour obtenir son adresse, elle nous attend, depuis notre départ de Cienfuegos. Enfin, la pluie se calme un peu. On s’extraie de la gare, nous extirpant des appels pressant des taxis et des rabatteurs. Évitant les flaques d’eau, nous atterrissons dans un bixitaxi (touktouk cubain). Les rues se sont transformées en pataugeoire. Nos sacs à l’abri sur les genoux, nous découvrons des rues étroites, sinueuses, différentes de ce que nous avons vu jusqu’à maintenant. Après quelques errements et détours, nous arrivons à bon port. Notre hôte nous accueille, avec un bébé de 2 mois dans les bras.

Nous posons les valises dans une sorte de petit studio à l’étage avec salon, doté d’une tv, chambre poussiéreuse et salle de bain. Le tout n’est pas totalement terminé. Malgré la fatigue, on repart manger au paladar conseillé par notre logeuse. Un paladar est un restaurant tenu par une famille dans sa propre maison, où l’on mange vraiment cubain.  Rebelotte, bixitaxi nous revoilà. Celui-ci joue le chauffeur, il nous assure l’aller et le retour. Sous une tonnelle, on se régale d’un magnifique effiloché de mouton. Entre le resto et le service de taxi, nous avons l’impression de vivre le grand luxe. Vu le prix demandé par notre bixitaxi, ce n’est plus une impression… J’en descends en me promettant de demander au prochain bixitaxi de pédaler à sa place. On se couche repues, épuisées de notre journée. Les draps grattent, piquent…

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Demain grasse matinée et découverte de Camarguey!

La rencontre des vrais cubains et de mon alter ego du voyage !

Le lendemain, je me trouve au point de rdv. Ô exploit, je suis à l’heure. Pas Élodie! Le mode catastrophe s’enclenche. Elle a dû être enlevée la veille par un cubain en perdition? C’est drôle comme cette inquiétude-là n’est même pas en option lorsque je suis seule, mais se réenclenche à la présence d’autres. J’apprendrais au fil de ce voyage que le mode panique n’a pas lieu d’être à Cuba. La surveillance policière, du parti, du voisinage est telle, que le touriste est en tout temps protégé et ne risque pas grand chose. Le communisme et la dictature ont ce côté positif (puis-je dire ça?). Le vol est le plus grand risque encouru, la sécurité personnelle me semble être difficilement menacée. Je vous le raconterais plus tard, mais je me suis retrouvée à traverser le centre de deux villes en pleine nuit, seule et à pied, sans aucune sensation de risque, de peur ou d’insécurité.

Bref, là voilà qui arrive. Après avoir vérifié que les prix pratiqués par les agences pour la lagune sont effectivement faramineux, nous décidons de prendre la guagua (prononcez ouaoua). C’est à dire le bus local. Ces camions transformés en bus, sont souvent aménagés de façon rudimentaire. Cette remorque fraîchement repeinte (rouge pétant à l’extérieur et bleu horizon à l’intérieur) est fixé sur les essieux d’un 36 tonnes grinçant. Les bancs sont des poutrelles d’acier soudées à la paroi, raides et étroites. Les vitres sont inexistantes et les cubains intrigués par notre présence, oscillant entre une incrédulité amusée, bienveillante et une froide distance. Le vendeur de ticket – contrôleur est haut en couleur. Il ponctue chaque arrêt, achat de ticket et montée de passager d’une longue tirade, faisant rire l’assemblée. Nous n’en comprenons pas la moitié, mais saisissons bien qu’il nous réclame au moins le triple du prix et en CUC. Elodie rétorque, les passagers nous défendent. Elle finit par obtenir un prix raisonnable, mais il n’a pas la monnaie pour nos gros billets de pesos. Finalement, le comble, une passagère débourse la monnaie manquante et refuse tout remboursement. Si le billet est vraiment pas cher pour nous, il l’est pour les cubains. Ce geste nous embarrasse tout autant qu’il nous touche. Notre samaritaine nous indique le bon arrêt et nous descendons à deux pas du parc régional de la lagune.

Ce court transport me rend heureuse. Je jubile de réussir à me déplacer comme les cubains, sortir des aménagements et infrastructures prévus pour les touristes. Bien entendu, cela amène des situations incongrues. Mais c’est le bonheur. Je retrouve mon plaisir et ma façon de voyager. J’ai trouvé une vraie partenaire de voyage. Merci Elodie! Jamais, je n’aurais pu réaliser cela sans toi. Sa maîtrise de l’espagnol, son « baroudisme » et sa curiosité nous a ouvert tant de portes, de bras et de cœur!

Nous sommes descendus du bus et devons retourner quelques mètres en arrière: il fait vraiment chaud et il n’y a personne sur la route, mais le parc est là, quelques gardes nous accueillent. Une première guide nous accompagne jusqu’à la lagune en nous montrant la faune et la flore. Nous traquons un Zunzun  bleu nuit tout petit (colibris tout petit), le tocororo (oiseau national), le pivert, le maracassier (arbre à maracasse, si, si, si, je vous jure. ça existe!), les crabes de mangrove. Un deuxième guide, Alejandro, prend le relai pour traverser la lagune. À bord d’une barque, il rame jusqu’aux « troupeaux » de flamants roses. Installée à  l’autre bout de l’embarcation, je profite du paysage et me fait bercer par la discussion d’Elodie et d’Alejandro. Ces deux-là se racontent leur vie. Une fois à proximité des échassiers pas si roses, je tente d’obtenir quelques informations sur ces bestioles! Alejandro ramasse des plumes de flamant qu’il nous offre. Il rame un peu plus loin, repérant l’endroit le plus profond où se mêlent la mer et la rivière pour nous permettre de nous baigner! Une promenade extraordinaire et sur mesure.

Le retour à la terre ferme se fait tranquillement, presque rafraîchies. Alejandro prend le bus  avec nous et nous recommande chaudement de nous arrêter au jardin botanique.  Rebelotte: il nous offre le bus et nous indique l’arrêt pour le jardin botanique. On entre dans cet immense arboretum, il fait une chaleur à crever. On se met à l’ombre pour manger nos sandwich, c’est sans compter les moustiques aussi affamé que nous. Un petit lézard déploie sa gorge rouge à intervalle régulier mais jamais au moment où nous déclenchons l’appareil! Puis on joue à Charlie dans les arbres. On trouve un peu de fraîcheur au café du jardin. Élodie en prend un, nous continuons de prendre des photos: lézard à tête bleue, bécquée d’un zunzun. Nous nous perdons dans la palmeraie.

Moîtes et assommées de chaleur, nous rejoignons la route pour Cienfuegos. En traversant le village pour y attendre le bus, nous nous ravitaillons : rhum, citron et guarapo (jus de canne à sucre). Nous retombons en enfance avec un petit garçon timide mais qui se fait toute une fierté de tourner le tourniquet sur lequel nous sommes installés. A l’arrêt de bus, un vieux cubain nous explique qu’il a travaillé toute sa vie dans la raffinerie de sucre qui a fermé au profit d’une cimenterie. Les bâtiments et cheminées bétonnées sont visibles de loin. Cette fois-ci le bus ressemble davantage au bus de chez nous. Dix de dère: nous sortons nos pesos, mais le jeune homme qui est monté devant a payé notre passage. Marié, habitant à la campagne, il rejoint la ville pour travailler. Sur son 31, sourcil épilé, système pileux tondu de près et gominé à souhait, il est boulanger de son état. Il est surpris de notre volonté de rencontrer les cubains, de voyager comme eux, de notre curiosité et de notre intérêt pour leur avis. Élodie charme à tout crin : souriante, pétillante, elle parle si bien que la discussion est libre, spontanée et ça c’est redoutablement efficace!

Une fois arrivée à Cienfuegos, je déménage de casa pour celle d’Élodie. Nous divisons ainsi le prix de notre logement par deux. Sur sa terrasse, face au malencon, nous broyons la menthe, sirotons nos mojitos et débriefons notre journée avec son hôte adorable. Nous nous endormons repues, estourbies de chaleur, de fatigue, réhydratées au rhum, béates de cette incroyable journée. Demain décollage pour une autre destination! Je pars pour la baie des cochons et Elodie pour le sud.

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Cienfuegos – retour à la réalité… française!?

Aller à Cienfuegos, c’est revenir sur mes pas. La ville est belle, paraît-il, et plus authentique que Trinidad, la touristique. Parmi les rabatteurs, un ami (ou employé?) de mon hôte m’attend. Réservé depuis l’autre Casa.
C’est un truc à savoir lorsqu’on voyage à Cuba: les casa réseautent entre elles, et c’est sacrément efficace. Si vous tombez dans le circuit des casa à 25 cuc la nuit, elles vous réserveront votre prochaine casa (au même tarif) dans n’importe quelle prochaine halte souhaitée… Si vous voulez changer de prix, il faut vous sortir du réseau initial et chercher/négocier la prochaine casa et replonger dans le réseau davantage adapté à vos tarifs.
Je pose mon sac, c’est la fin de l’après midi. Les yeux encore embués de Trinidad, je pars arpenter la ville. Bof… Le contraste lui est terrible. Triste, grise, décrépite, vide: elle oscille entre l’usure et le clinquant cheap. De loin, je souris à une autre touriste, jeune, seule aussi, à l’autre extrémité de la place centrale. On se croise, rendues à l’autre bout. Elle m’aborde en espagnol, je réponds en anglais, mais son accent est étrange, familier. Devinez, c’est une française! Elodie. On se met à papoter et à déambuler. Très vite, une belle discussion s’installe : une vraie rencontre, simple et limpide.
Nous marchons tout le malencon, admirons les dauphins dans la baie et le soleil couchant. On se quitte, décidant de faire les prochaines excursions ensemble. Sur le chemin du retour, je mange une triste pizza dans un petit resto qui ne paye pas de mine. Toute garnie d’un jambon élastique, d’une saucisse douteuse et de chou intense, arrosée d’une bucanero (bière forte), me voila moitié saoule et nourrie pour le tiers du prix de Trinidad. Il fait nuit, les rues sont douces, tranquilles, les passants me saluent. Je m’écroule dans le lit et m’endors du sommeil du juste (ou de l’ivrogne…).
Le lendemain est une journée hiératique, ralentie tout en étant pressée. Impossible d’organiser nos excursions, toutes les agences sont fermées. Déception, mais c’est normal, c’est dimanche! Je scotche sur un orchestre d’instruments à vent et percussion, installé au milieu du prado. J’exhulte et mitraille, le chef d’orchestre enchaîne les solos, sous les applaudissements et le sourire des badauds attentifs. Cliché, certes, mais excellent. Élodie se moque de mon air ravi!
À défaut d’excursions, nous allons faire un tour de bateau dans la baie. Elodie taille le bifteck avec l’agent de la marina: nous ressortons avec billets, rdv et tuyaux en poche. En attendant le prochain départ, nous marchons sur la punta garda. Nous longeons une petite plage, les familles s’y baignent à l’abri des parapluies. Des mômes font des concours de plongeon au bout du quai. Ils rivalisent de prouesse pour se mirer dans les écrans de nos appareils. Notre promenade se termine sur le palacio del valle, palais mauresque construit en 1917, par un riche négociant en sucre. Aujourd’hui c’est un bar restaurant. Le point de vue est beau, la terrasse accueillante, l’ombre bienvenue, et le petit cocktail rhum citron gouleyant. L’escalier ondule. Et ça repart…
A la recherche de quoi grignoter à midi, on échoue dans un fast food local. Je commande « zeitounas », un truc qui devrait ressembler à un sandwich au thon. Vingt minutes plus tard et une relance faite auprès du serveur, l’assiette arrive. Fous rires incompressibles: c’est une poignée d’olives tranchées. Ils ont dû hésiter avant de les trancher… Mes vestiges d’espagnol deviennent mythiques!
Retour vers la marina. Le départ du bateau se fait attendre, le groupe de touriste est en retard. On se raconte nos vies sur le pont, sous un arbre au bord de l’eau, on se trempe les pieds. Les martiniquais arrivent, le bateau largue les amarres, le tour de la baie se fait sur les chapeaux d’hélices et n’a aucun intérêt. Déception bis.
Pressées – nous voulons assister à une pièce de théâtre – on saute dans un bixitaxi. Son propriétaire pédale comme un forcené. À peine essoufflé, il raconte sa vie à Élodie. C’est un coureur invétéré: marathon et autres courses au long parcours sont ses pains quotidiens. Arrivées au théâtre, le prix du billet triple pour les étrangers, et explose notre budget journalier. Déception ter. Grosse frustration d’Elodie. Assises sur les marches du collège San Lorenzo, Elodie réfléchit à sa prochaine destination, le nez dans le guide. Un jeune cubain vient s’asseoir et entame la conversation. Elodie ronchonne, habituée, elle ignore et je réponds. Il bosse dans la construction. Nous retournons à nos casa et rdv pour pour 21h30. Notre renard veut s’incruster. Je dîne dans une petite cantine bonne et pas chère: excellent hamburger accompagné d’une limonade et d’un ontarien un peu perdu. Il vient ici depuis 26 ans mais se sépare de sa femme (cubaine).
Casa musica, version Cienfuegos. Notre constructeur cubain nous y retrouve… Elodie en était persuadée et elle avait raison, il s’incruste. On s’attend à un groupe mais non, parce que c’est toujours dimanche. Déception je ne sais plus combien, je ne compte plus. Alors nous avons droit à des chanteurs sur bande son. Les karaokés mielleux et kitsch asiatiques n’ont rien à leur envier. Le premier chanteur a le crâne luisant de gomina, porte une chemise violette moirée, scintillant sous les spots. Il pleure tellement sur son micro que Julio Iglesias devient une punk star.  J’en pleure de rire ! C’en est trop. On s’enfuit à la recherche de vraie musique et nous nous dégageons tant bien que mal de notre jeune admirateur en quête d’argent et de compagnie. Attirées par le doux son d’un band sortant des fenêtres grandes ouvertes d’un restaurant à l’étage. On s’assoit sur un étroit balcon ouvragé. Nous sirotons un ‘tit truc, profitant de la fraîcheur nocturne, face à la rue et au ciel étoilé, écoutant avec délectation les musiciens. Bilan des premiers jours – économies  conséquentes, déceptions : 4; fous rires 2; amitié: 1. Le balcon se vide, les musiciens rangent leur instrument, le resto ferme. Rdv demain matin. Plan sympathique en prévision : rejoindre la lagune et les flamants roses par nos propres moyens – un bus cubain.

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Jours suivants: repos et économies. Avec l’extorsion de la veille, j’ai dilapidé quelques nuits d’hôtels. Les petits resto de rue ou les charrettes à sandwichs feront mon bonheur.
Mon appareil photo ressuscite pour la 3e fois devant mes yeux ébahis… Il doit avoir de la parenté sous d’autres cieux. Allélu Canon!
Déambulation dans la ville et réflexions flâneuses. Ici le vélo est roi, en mode individuel ou en touktouk de groupe.Plus on s’écarte du centre ville, plus les chevaux et les engins à moteurs reprennent leur place. La chaleur n’empêche pas les hommes de porter d’énormes chaussures de chantier en cuir épais. Réflexion d’occidentale et de capitaliste: ils n’ont sans doute pas trop de choix. Achat de petits cadeaux pour la famille. Plusieurs colliers de graines rouges, noires ou brunes, plus ou moins séchées.  Quel que soit la couleur, ils réservent quelques surprises à leur destinataires. Quelques 9 mois plus tard, de jolis petits vers cubains tenteront de coloniser la campagne française sous l’œil écœuré de ma fratrie! Je retrouve Ramiro : nous allons discuter et goûter un canchanchara, spécialité de Trinidad à base de miel et de rhum. Je louvoie entre les pavés, vers la maison, douche et réveil avant le dernier cours de danse.
Le lendemain, départ. Je fais mes dernières emplettes, règle mes dettes, prépare mon sac, réserve le bus, dernières visites de musée et discussion avec Rosa. Ma prof de danse me raconte un peu plus la vie cubaine: les difficultés multiples, la nécessité de l’accumulation des talents, de l’entretien de la débrouillardise, du développement de l’entraide et la multiplication des professions, l’accession enfin possible à une pseudo-propriété. Elle détient le titre de propriétaire sa maison (rare femme totalement indépendante – de maison et de profession), l’État accorde ces titres depuis peu semble t-il. Elle me détaille la logique des alliances nuptiales. La vie est si difficile que les cubains cherchent à tout prix à se l’adoucir de façon quotidienne. Les séparations et les remariages sont légions. La veille, le plumeur à cheval (guide de randonnée) était fier de m’annoncer sont 4e mariage avec une jolie et fringante jeune fille qui venait de lui donner son 3e enfant.
L’heure du départ. Je monte dans le bus. Pincement au cœur. Les rues lumineuses, colorées, Rosa, Ramiro vont me manquer, je ne suis pas partie que j’ai déjà envie de revenir… J’ai l’habitude. Dès que je rencontre des gens avec lesquels je clique et que je suis autonome dans une ville, je me sens bien et m’attache. Mais l’île est grande et je veux vraiment aller la découvrir! La machine à rêve s’emballe: Pourquoi ne pas acheter une maison ici…?* Ça aussi, c’est un grand classique… Je respire par le nez. C’est aussi ma façon de gérer ma tristesse tout autant que  l’expansionnite aiguë de mon bonheur, vous savez celui qui fusionne et englue!** J’ai du être une abeille dans une vie antérieure pour fabriquer autant de plaisir collant!
Le prochain billet : la rencontre d’Elodie!
* Ce serait permis pour les étrangers à partir de janvier de cette année – 2016 – finalement il ne semble pas que ce soit le cas, à moins d’être cubain.
 ** https://audreyboursaud.wordpress.com/2014/09/03/en-plein-vol/

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Homard plumé à Trinidad

Bon bon bon, mon séjour s’annonce sous de bonnes augures tout de même. Je me lève à l’aube… Un comble en vacances. J’ai cédé aux charmes de la climatisation et me réveille frigorifiée.
Après un gargantuesque petit déjeuner, je vais à la banque. Mes cartes sont refuséesau GAB. J’ai l’habitude. Je m’agglutine dans l’amas dense de plus pressés que moi. Bien loin les files québécoises ordonnées, à intervalle respectueux. Des passeux de droits poussent le bouchon, compriment l’attente, font vociférer l’amas. La banque a gardé ces hauts comptoirs de bois. Ambiance de petite ruche. Les tickets d’entrée trient les opérations et votre ordre d’arrivée. Je fais un énorme retrait pour éviter les frais. Le caissier lève un sourcil et le directeur vient contresigner. Jamais eu autant de billets, ni de valeurs en main: mon budget nuitées. Inspiration profonde contre l’angoisse du richissime. Étape casa: délestage de ma fortune, avant de filer vers la playa Ancon. Petits stands de rues sidérants : un réparateur de briquet de plastique et un rabouteur de lacets…
J’embarque dans le bus à touristes pour la plage. Le paysage est superbe, face à la montagne, la mer se dévoile : toujours turquoise. La plage est bordée…d’immeubles hôtels tout inclus, des parasols s’y louent. Le sable y est coquilleux, le rocher absent, le poisson rare. Des myriades de petits poissons blancs. Des petits jaunes à rayures, des bleus électriques, des noirs à nez pointus. Ils tètent les algues d’un moteur de voiture qui sert d’ancre pour les obi4 à touristes. Je m’approche d’un jeune baracouda. Il a pas l’air fin, avec sa gueule prognathe. D’ un coup de queue, il me sème. Quelques poissons pro de la dissimulation. En forme d’ancre, tons bruns, granuleux, ils ressemblent à des rochers. Ils finissent par s’éloigner quand je brasse trop de sable devant leur nez. une fois de retour à la surface, je suis incapable de rester sur un transat: je gambade et me fait alpaguer par un vieux pêcheur: décidément j’ai la côte auprès des 60 et plus!!!
Au retour, je m’arrête à la Boca, petit village caillouteux à plages rocheuses. J’y croise davantage de nageoires et de couleurs. En attendant la prochaine navette, une averse tropicale me trempe jusqu’à l’os. Je deviens un buffet pour les moustiques environnants.  Je suis cramoisie de coups de soleil… Le dos est intact, protégé par un t-shirt pendant mes plongées, mais les jambes et les bras sont de vrais pinces de homard! Et dire que demain, je randonne à cheval… Les cubains se marrent et m’offrent un abri.
Les chevaux sont dociles, se mènent à l’américaine. La vallée n’est pas ombragée, mon appareil photo est grippé de sable, le tissu et les coutures du pantalon se sont imprimés sur l’arrière de mes cuisses. Mon seul répit est le galop: autant dire que je ne me suis pas fait prier! La vallée de los ingenios a été largement exploitée par les européens et les américains. Ils y ont établi de grandes exploitations de cannes à sucre. S’il n’en reste plus grand chose aujourd’hui, le découpage des parcelles est encore visible, la plupart des champs ont été transformée en pâturage à vaches à pli ou à chevaux. La ballade est connue, le moindre arrêt est payant et organisé: repas, cascade, café. Goût amer d’homard écorché, plumé comme un poulet. Restons positive, je le fus dans cadre enchanteur.

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Arrivée à Trinidad, Carcassone cubaine

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Départ pour Trinidad: réveil à 6h, sac sur l’épaule, monnaie sur la table, course de taxi exhorbitante pour la distance parcourue, bus climatisé, retour dans les bras de Morphé. Plus tard : mon oeil s’ouvre sur une belle campagne, incroyablement verdoyante, vallonnée, terre noire ou rouge, champs de canne à sucre, de manguiers, des vaches à longs plis et amples bosses, vautours paresseux, chevaux épars. Nous croisons nombre de charrettes, vélos, motos, nous roulons sur une 3×3 voies vide, complètement à gauche, étrange…
Petites villes traversées, les maisons y sont ramassées, colorées mais aussi délavées, délabrées ou grisonnantes. Les panneaux et slogans révolutionnaires rythment la route, annoncent les villes. Toutes déclament un passé révolutionnaire glorieux, « Hasta la victoria siempre ». Chaque ville a sa petite phrase.
Les enfants, en uniforme, vont à l’école. Les femmes, tenue légère, cheveux tirés, ongles longs, seins hauts, fesses bombées, petits shorts moulant, camisole serrée et bedon rond, les hommes ont l’oeil rieur, le regard droit, gouailleurs, les couples s’embrassent, se pincent les fesses. 1e fois que je visite un pays « sous développé » où la femme a le même statut vestimentaire que le notre, où la sexualité est aussi assumée. Aucun poids de traditions, de castes, de règles n’est visible de prime abord.
La route entre Cienfuegos et Trinidad longe la montagne, s’insinue dans la mer, croise des petits bouts de plage, la mer est superbe, bleu turquoise et moutonne à souhait sous l’effet du vent et des rochers.
Le bus brinquebale sur les pavés, nous entrons dans la ville. Les couleurs intenses des façades contrastent avec la blancheur des barreaux de fenêtres. L’architecture de la gare routière a la tristesse de l’efficacité. Une nuée de rabatteurs s’agite à la sortie du bus, j’étais prévenue. Je traverse, mutique, mode tortue. Il est 14 h, pleine cagna, aucune ombre. Je me perds, pas le moment d’ouvrir ma carte. Ça ne dure pas longtemps, la zone d’excitation est vite passée. Je demande mon chemin : réponses souriantes, détendues et presque compréhensibles. Cette valse hésitation me fait entrevoir une architecture coloniale, lumineuse, des céramiques de ciment peintes, comme je les aime. Les gens sont souriants et parlent aisément.
J’arrive dans ma casa, règle les formalités d’usage et repars aussi sec. Soif de découvrir, envie d’arpenter. Tous les habitants sont de sortie. Sur les trottoirs ombragés, se croisent quelques paniers de courses vides ou presque, s’agglutinent des joueurs de dominos, les enfants jouent aux billes dans les rigoles des pavés, des oiseaux en cage sont promenés, des musiciens tapent le boeuf, certains montent leur chevaux, moyen de tenter le touriste, d’autres se font épiler, balaient, brodent, regardent les passants, quelques uns titubent. Les femmes me signalent d’œillades les délires d’ivresse ou le verbiage sénile. Je me fonds dans la ville, un poisson dans l’eau. Le contact est facile, la chaleur est palpable, l’appareil photo bienvenu. On rie, on discute le bout de gras et chacun repart vaquer à ses occupations.
C’est ainsi que je rencontre Luis: historien, brouettier et bricoleur. Dans ses sacs rouges, des cahiers sur lesquels est consignée, d’une écriture pleine et déliée, l’histoire des villes de France des touristes déjà rencontrés. Il me récite ainsi l’histoire de la Rochelle. Impressionnant… et surprenant d’entendre parler de sa ville natale en espagnol aux antipodes. Au détour d’une ruelle, je tombe sur un groupe de musiciens entonnant les classiques cubains (Buena Vista Social Club). Ramiro m’invite à taper une mâchoire de bœuf(?) faisant office de maracas. J’accepte avec plaisir, prend des photos, profite de la fin du concert, tape la discute et demande un prof de salsa. Ramiro décide de me prendre en charge et me donne rdv pour aller rencontrer le prof. Je poursuis ma découverte en attendant : églises, hôtels, restaurants, terrasses, places, échoppes sont bien entretenues. La ville est belle et elle le sait, elle est touristique à souhait et patrimoine de l’Unesco (l’île en est couverte, meilleur moyen de sauvegarder ces endroits du délabrement).  J’aime, j’aime, j’aime !
Ma prof de danse m’accueille pendant un de ses cours, ses tarifs sont des plus honnêtes, sa patience est à l’épreuve des balles. Cinquante ans, elle en parait quarante, épaisse comme une arbalète, sourire permanent et humour grinçant.
Retour à ma casa. J’y rencontre un couple d’allemands avenants et curieux. Après un dîner gargantuesque et savoureux, nous allons à la Casa de la Musica, institution touristique et musicale par excellence. Concert quotidien à partir de 16h jusqu’à minuit. S’y retrouvent touristes, cubains, danseurs, musiciens, badauds et charmeurs professionnels. Les cocktails sont goûtus, la musique est excellente, la piste de danse est envahie, les sourires sont contagieux. Ça virevolte dans tous les sens, vieux, jeunes, novices, férus: tous sur leur 31, plus ou moins ralentis selon. Les complicités sont savamment chorégraphiées. Je me dandine, bat la mesure et, finalement me laisse tenter. Mon partenaire est un petit bonhomme, fin, édenté, timide et bon danseur, un plaisir à suivre. La plupart des passes sont identiques à celles du forro. J’invite un vieux monsieur. Erreur! 75 ans au bas mot, danseur alerte et officiant depuis le début de la soirée, me colle trop, me bavouille dans le cou, la braguette ouverte (cassée ou possibilité de dégainer instantanément ?)… Je calme ses ardeurs gentiment et clairement. Surement atteint de surdité et de rhumatisme cramponnant, il insiste… Je me transforme en pic à glace, décolle et sonne le départ. On se promet un retour le lendemain!